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23/04/2011

A la conquête de l'Ocean's Seven

Les « Seven Summits » (7 sommets) sont les plus hautes montagnes des sept continents. Réussir à escalader ces montagnes est un défi pour les alpinistes et seuls les plus forts y sont parvenus. En 2007, 198 alpinistes ont atteint cet objectif couteux et exigeant physiquement.

En natation marathon, la version similaire de la « Seven Summits » est « l’Ocean’s Seven »

Il est constitué de :

(1) Irish Channel entre l’Irlande et l’Ecosse,

(2) Cook Strait entre les îles du Nord et du Sud de la Nouvelle Zélande,

(3) Molokaï Channel entre les îles d’Oahu et de Molokai à Hawaii,

(4) English Channel entre l’Angleterre et la France,

(5) Catalina Channel dans le sud de la Californie,

(6) Tsugaru Channel entre les îles d’Honshu et d’Hokkaido au Japon,

(7) Strait of Gibraltar entre l’Europe et l’Afrique.

 Atteindre cet exploit nécessite une capacité de nager dans les mers très froides ou très chaudes. Ce défi exige également que le nageur soit physiquement et mentalement préparé à surmonter toutes les conditions que connaissent les amateurs de l'eau libre : de forts courants, des vents violents et la vie marine.

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Comme le défi des alpinistes, « l’Ocean’s Seven » nécessite une énorme planification, du temps, des ressources financières et des équipes de soutien d'experts locaux compétents.

J'ai déjà accompli deux de ces marathons. Le projet d'effectuer les 5 autres traversées ne peut être réalisable que tout autant que j'obtiens des soutiens financiers. Le but est également d’en faire bénéficier des associations.

Je compte sur vous pour me donner quelques idées ou contacts… merci !

Le dossier de presse : ocean sevenL.pdf

22/04/2011

Descriptif de "l'Ocean Seven"

Lors de la description de chaque raid, les distances répertoriées sont les distances linéaires les plus courtes de point à point, mais la distance réelle couverte par les nageurs est significativement plus élevée en raison de la marée et des courants.

 

1. NORTH CHANNEL north channel.JPG

Emplacement : entre l'Irlande et l'Écosse.

Distance : 33,7 Km (21 miles).

Les raisons de sa difficulté : Considéré comme étant la plus difficile des traversées à la nage dans le monde avec une température de l'eau de 12°C (54ºF) et des immenses difficultés à prédire avec précision les conditions météorologiques. Les nageurs sont confrontés à de forts courants et d’immenses bancs de méduses si les conditions sont calmes.

 

2. COOK STRAITCook strait.JPG

Emplacement : entre les îles du nord et du sud de la Nouvelle-Zélande.

Distance : 26 Km (16 miles)

Les raisons de sa difficulté: Les nageurs sont confrontés à de forts courants de marée, de nombreux bateaux, une eau glacée entre 14 et 19ºC et la présence de méduses ainsi que de requins. Les deux côtés du détroit ont des falaises rocheuses.

 

3. MOLOKAI CHANNEL molokai.JPG

Emplacement : entre la côte ouest de l’île de Molokai et la côte orientale de l’île d’Oahu à Hawaï

Distance : 41.8Km (26 miles) dans un canal en eau profonde (701 mètres)

Les raisons de sa difficulté : De forts courants au milieu de l'océan Pacifique et une vie marine agressive. De grosses vagues, des vents violents, une chaleur tropicale et de l'eau salée très chaude

 

4. ENGLISH CHANNELManche.JPG

Emplacement : entre l'Angleterre et la France.

Distance : 34 Km (21 miles) à son point le plus étroit.

Les raisons de sa difficulté : Une navigation internationale, les températures de l'eau froide entre 15 et 18°C, les forts courants de marée, des vents violents et des mauvaises conditions météorologique.

Informations supplémentaires : considérée comme la traversée standard dans le monde de l’eau libre

  

5. CATALINA CHANNEL Channelislandsca.jpg

Emplacement : entre l’île de Santa Catalina et Los Angeles, Californie, États-Unis.

Distance : 33,7 Km (21 miles) à son point le plus étroit.

Les raisons de sa difficulté : eau froide (surtout près de la côte), de forts courants et possibilité de vents forts. Vie marine vue à l'occasion : migration des baleines et de grands troupeaux de dauphins.

 

6. TSUGARU CHANNEL tsugaru.JPG

Emplacement : entre Honshu, la principale île du Japon, et d'Hokkaido.

Distance : 19,5 Km (12 miles)

Les raisons de sa difficulté : L'eau peut être entre 16-20°C. Les nageurs sont balayés sur de longues distances en raison du fort courant allant de la mer du Japon vers l'océan Pacifique. Les nageurs sont confrontés à des eaux très froides remontées par les hélices des grands pétroliers. Une abondante vie marine allant des requins aux serpents de mer mortels. Anglais et autres langues occidentales ne sont pas parlés dans la région.

 

7. GIBRALTAR STRAIT gibraltar 2.JPG 

Emplacement : entre l'Espagne et le Maroc qui relie l'Atlantique à la mer Méditerranée.

Distance : 14,4 Km (8 miles)

Les raisons de sa difficulté : Connu dans l'Antiquité comme les colonnes d'Hercules. Les courants du détroit sont de force herculéenne (5,5 km à l'heure) auquel s’ajoute l'imprévisibilité des conditions climatiques (vents violents) Un fort trafic maritime et migration de baleines et de grands troupeaux de dauphins.

03/05/2006

Catalina Channel, un raid à vite oublier…

La Catalina Channel est la version américaine de la traversée de la Manche. Elle se nage entre l’île de Santa Catalina et Los Angeles en Californie, États-Unis. La distance la plus courte est de 33,7 K (21 milles) de la plage dite de Doctor's Cove sur l’île de Santa Catalina à la péninsule de San Pedro.

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Au niveau des difficultés rencontrées, la Catalina Channel est comparable en tout point avec la traversée de la Manche : eau froide (surtout près des côtes), de forts courants, des vents violents… mais également la possibilité de croiser une vie marine agressive (migration de baleines, grands troupeaux de dauphins et possibilité de présence de requins…)

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La première réussite de la traversée a eu lieu en 1927. Un riche homme d’affaire américain, William Wrigley Junior, grand producteur de chewing-gum et propriétaire de l’île, séduit par l’exploit de la nageuse américaine Gertrude Ederlé dans la traversée de la Manche en 1926, décide d’organiser une traversée afin de promouvoir son île. Une récompense de 25000$ est proposée au vainqueur. Le Canadien George Young remporte le « Wrigley océan Marathon » à la nage en 15 heures 44 minutes. Depuis ce jour, 199 nageurs ont réussi cette traversée.

Elle fait parti des 7 plus grands raids de natation en eau libre dans le monde (Ocean’s Seven).

Samedi 7 juillet, Cathy et moi avons rendez-vous à 20h15 à la Marina de San Pedro (USA) pour retrouver tous ceux qui vont nous accompagner et nous assister lors de notre tentative de traversée du détroit de Catalina au large de Los Angeles.

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Lorsque nous embarquons sur nos bateaux respectifs, l’ambiance est plutôt au beau fixe et nous en profitons pour faire quelques photos-souvenir. A bord de mon bateau accompagnateur, il y a Fabienne mon épouse pour me ravitailler, Beth et Paul pour me suivre en kayak, Natalie et Mickael comme observateurs de l’association qui valide la traversée puis John le capitaine et ses 3 assistants pour piloter le bateau.

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Nous quittons la Marina sur le coup des 21h et traversons à vitesse réduite le port de San Pedro. Le bateau de Cathy est déjà parti depuis une bonne demi-heure. Natalie me lit le règlement de la traversée et les principes de sécurité à respecter. En chemin, sur des bouées ancrées, se reposent des phoques qui laissent penser que l’eau va être froide comme nous l’avions constaté la veille lors de notre dernière séance d’entraînement.

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Sur la plage, le thermomètre affichait selon les endroits entre 10 et 14°C. Lorsque nous atteignons le phare signalant la sortie du port, le bateau augmente sa vitesse et nous commençons à être secoués de tous côtés. La mer annoncée calme affiche en fait des creux de plus d’un mètre. La plupart des gens sur le bateau sont partis se reposer car la nuit s’annonce longue. Mon épouse, quant à elle, souffre déjà du mal de mer et commence à ravitailler…les poissons.

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Après 2h30 de traversée éprouvante (vous avez déjà passé 2h dans un tambour de machine ?) nous arrivons à proximité d’une toute petite plage très peu visible pour cause d'obscurité totale. Le bateau de Cathy est déjà en place, Bernard son mari commence à la graisser et Hervé, leur ami de longue date, est déjà dans l’eau sur un kayak. Sur mon bateau on sent déjà de la démotivation. Beth qui doit m’accompagner en Kayak ne se sent pas d’attaque pour me suivre avec ces conditions de vagues. Fabienne ne se sent plus capable de me ravitailler. Les observateurs ne sont pas chauds non plus car déjà pris par le mal de mer. Le pilote m’informe que normalement on part de nuit car les conditions sont bonnes mais là ce n’est pas le cas. Il y a des vagues d’un mètre environ mais cela ne devrait pas empirer. Seul problème c’est que si nous ne partons pas cette nuit, nous ne le feront jamais car pour les jours suivants, les courants ne sont plus favorables. Au moment où nous devons prendre une décision (qui tend vers l'annulation de la course) et à la surprise générale de mon équipage, Cathy s’élance de son bateau et débute sa traversée. La donne a changé et maintenant plus personne ne s’oppose à me faire prendre le départ de ce raid pour lequel je me prépare depuis des mois.

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C’est l’ami de Beth qui m’accompagnera en kayak pendant la nuit, les vagues ne le dérangent pas mais on ne sent pas une très grande motivation de sa part. Beth quant à elle, se propose gentiment de me ravitailler à la place de Fabienne blanche comme un cachet d’aspirine et vidée de toutes ses tripes. Habituellement, on m’aide pour me graisser, mais là il faut que je me débrouille tout seul. Je ne peux pas faire impasse sur la graisse, vu la température de l’eau constatée les jours précédents. Muni de mes gants chirurgicaux pour éviter de mettre de la graisse sur les mains et ballotté au gré des vagues, je me contorsionne dans tous les sens afin de pouvoir me l’appliquer de partout en évitant d’en mettre sur les épaules.

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Après avoir accroché une lumière clignotante et un stick lumineux à mon maillot, je me jette à l’eau une trentaine de minutes après Cathy et rejoins la plage de départ au milieu des innombrables algues qui m’enlève une partie de la graisse. Mais l’eau à ma grande surprise est à 20°C !!! Là dans ma tête je me dis : « à 14°C, c’est une température idéale pour les phoques, mais à 20°C, c’est une température idéale pour…les requins ! » Surtout qu’il paraît que non loin de là, à Santa Barbara, rôdent des requins blancs qui aiment cette température. Les mêmes que dans « Les dents de la mer »... :-(  Dans ces cas là, on se dit que généralement, le requin n’attaque pas l’homme et que le kayak et les gens sur le bateau sont là pour veiller… Enfin je m’élance à 00h09 depuis la petite plage caillouteuse qui symbolise le départ. Après deux pas dans l’eau, je m’écroule dans 20 cm d’eau seulement  après avoir trébuché sur une grosse pierre. Ça commence bien !!! Heureusement, pas de dégâts. J’attaque mes premiers mouvements de bras la tête hors de l’eau pour nager au dessus des algues, les projecteurs du bateau en pleine figure. Après une cinquantaine de mètres, je rejoins mon Kayak et le bateau pour commencer mon raid nocturne. Dans l’eau, c’est le noir total, mes bras font des petites bulles vertes éclairées par la lumière de mon stick lumineux. Sur ma droite, le kayak éclairé par 3 sticks, rame paisiblement. Sur ma gauche, le bateau me casse les vagues mais m’envoie ses odeurs de fuel. Un bon coup d’éclairage de lampe torche m’annonce que je suis trop près du bateau et qu’il faut que je m’écarte. En plus cela m’évitera d’avoir les odeurs. Après 30’, c’est l’heure de mon premier ravitaillement, j’ai un peu de mal à l’absorber car un peu nauséeux suites aux gaz du bateau. Les ravitaillements suivants (du liquide  énergétique toutes les demi-heures), auront du mal à passer. Sur le bateau, il n’y a que Beth et les pilotes qui sont opérationnels, les autres sont allés se coucher ou vomir. Dans l’eau je distingue des formes gélatineuses et dès la première heure je commence à être piqué sur les bras et les épaules. La douleur n’est pas très forte, mais désagréable. Elle s’atténue au bout de quelques minutes. Devant moi, j’aperçois que je me rapproche du bateau de Cathy. La motivation me revient en me disant que lorsque je serai à côté d’elle, comme la température de l’eau est bonne, je nagerai à sa vitesse pour faire le chemin ensemble jusqu’au levé du soleil. Cela me permettra d’avoir son bateau, son kayak et Bernard pour nous encourager et assurer une plus grande sécurité. Au bout de 2h30 de nage, je distingue son bateau à une centaine de mètres de moi seulement, je me dirige dans sa direction tout content. Malheureusement, à chaque fois que je lève la tête je m’aperçois qu’il s’éloigne. Que se passe-t-il ? Je sors la tête, regarde tout autour de moi et interroge mon bateau, mais personne n’est capable de me dire ce qu’il se passe. En fin de compte Cathy vient d’abandonner au bout de 3h de nage atteinte de maux de ventre, de piqures de méduses et de difficultés à se ravitailler. Son bateau l’a ramenée directement au port après que son kayakiste soit tombé à l'eau ! Le trajet du départ qui nous a conduit de San Pedro à Catalina lui a été fatal. Pour moi c’est un coup au moral !

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Je me retrouve au milieu du Détroit avec un kayakiste pas très motivé, un bateau quasi-fantôme, des méduses et d’éventuels requins… J'ai l'habitude de dire qu'une traversée se fait 75% dans la tête et 25% dans les bras : là, je suis passé d’un coup à 90% dans la tête. Les bras qu’en a eux, heureusement,  vont bien. Ils tournent toujours à 66 mouvements par minutes, mais après 3h de nage et 12000 mouvements de bras, on m’informe que le kayakiste est fatigué et qu’il s’arrête pour aller se reposer me laissant seul face à mon destin. Je viens de passer à 99% dans la tête pour tenir le coup. Après 4h de nage l’épaule droite commence à me jouer des tours mais rien de grave, j’en ai connu d’autres. Puis cela va être la goutte qui fait déborder Catalina : je me retrouve l’espace d’un instant seul dans le noir à une cinquantaine de mètres de mon bateau. A ce moment, j’estime que je ne suis plus du tout en sécurité et que ma vie dans ce milieu inconnu est en danger. Pour comparer, j’ai l’impression de me retrouver comme un coureur qui fait un 100km dans la savane de nuit avec pour seule sécurité une voiture roulant à 50m de lui et dont les passagers sont endormis. Je ne donne pas cher de sa peau. C’est un peu ce que j’ai ressenti à ce moment là. Lorsqu’au bout de 4h40, j’annonce que je vais arrêter, personne n’essaie de m’encourager et de me motiver à continuer, j’ai l’impression que cela fait plaisir à tout le monde.

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La mort dans l’âme et peu fatigué je remonte à bord du bateau. Je viens de prendre un coup au moral, mais jamais je n’avais vécu des conditions d’accompagnements semblables auparavant. Sur le retour au port, personne ne viendra me voir pour savoir comment je vais à l’exception de mon épouse. Les observateurs n’ont rien noté.

Au final, une traversée à vite oublier … pour déjà se consacrer à notre prochain défi à Cathy et moi fin août !!

 

 

11/07/2004

Ma traversée du détroit de Gibraltar 2004 (15km)

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C’est le grand jour, j’ai très mal dormi et suis réveillé depuis 4h30. Le jour n’est toujours pas levé. Je reste dans le lit, il fait très chaud et je transpire beaucoup. Dans la tête, une inquiétude : « qu’est-ce que je vais rencontrer lors de ma traversée ? », on a dit tout et n’importe quoi sur le détroit.medium_gib_bungalowchbe.jpg

A 5h00, je me lève et prends mon petit déjeuner copieux car la journée va être longue. Puis, on part en voiture avec Bernard et mes supporters en direction de Tarifa. Nous arrivons sur le port un peu avant 6h30 et là : il n’y a personne ! L’organisateur arrive avec 20mn de retard, nous marmonne quelque chose en espagnol et nous laisse plantés là. Il reviendra 15mn plus tard et nous dirigera vers le bateau.

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Ce n’est pas lui qui pilotera mais son assistant. Je monte sur le bateau avec l’officiel et mes supporters. Bernard, quant à lui, monte sur le zodiaque de la Croix Rouge qui restera à mes côtés pendant le parcours pour me ravitailler. Le bateau pilote m’indiquera la trajectoire et signalera ma position tout au long de ma traversée.
Nous partons du port en bateau pour nous rendre au lieu de départ. Il est impossible de me graisser sur le bateau tellement il fait froid avec la vitesse. Nous arriverons sur place en moins de 2mn. Alexandre va rapidement me graisser, puis c’est l’heure de « goûter » l’eau. A ce moment, j’ai une sensation de froid qui monte en moi, pourtant l’eau est à 18° et j’ai connu des températures beaucoup plus fraîches ! Mais je me jette à l’eau et là, surprise, je n’ai pas besoin de rejoindre le bord comme pour la Manche car il est interdit d’accoster. Le départ se fait directement dans l’eau à 7h20 avec presque une heure de retard…

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Le soleil commence à peine à se lever quand je rentre dans l’eau, mais la mer est noire. Mon bateau pilote commence à me montrer la direction. L’écart est assez important et m’évite d’avoir les gaz dans le nez. Après avoir parcouru 200m la température de l’eau change agréablement et passe à 20°. En cours de route, j’enlève un sac en plastique qui flotte, la visibilité est de 5m environ en profondeur et j’aperçois des crabes nageant à mi-hauteur. J’ai un bon rythme de nage et lors de mon premier ravito la mer est toujours calme. Au bout d’une heure, la mer va se lever et il va y avoir une légère ondulation sans gêne pour ma progression.

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Après 1h30, c’est mon deuxième ravitaillement, la brume se lève et je ne distingue plus les côtes. Je repars et fais confiance à mes accompagnateurs. Dans l’eau, c’est le néant, que de l’eau (normal), pas l’ombre d’une âme qui vive. Je nage de plus en plus rassuré, surtout qu’à mon ravitaillement des 1h50, j’apprends que j’ai fait plus de la moitié. Je me dis que c’est super, je peux finir en moins de 4 heures.

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Au bout de 2 heures, ma première rencontre : alors que je nageais rassuré, je vois, au fond de l’eau, que l’on m’observe. Je m’arrête et dit à Bernard je crois qu’il y a un requin. Devant mes signes de détresse, le bateau se rapproche et se tient contre moi on me dit à bord que ce n’est pas possible, il n’y a que des cétacés dans le détroit. J’observe la créature marine qui me regarde, puis elle passe son chemin sous moi à environ 3 mètres. La seule chose que je remarque c’est ça queue, elle n’est pas positionnée comme les dauphins mais bel et bien comme celle des requins. Pour moi c'est le portrait craché d'un requin Taupe. Je dis à Bernard de surveiller qu’il ne revienne pas par l’arrière. Il reste plus proche de moi avec le bateau. Je reprends ma nage peu rassuré en restant vigilant.

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Après avoir nagé 2h30 dans le détroit, je fais le point avec mon bateau, qui m’informe que j’ai dépassé le 2ème rail de navigation et les courants sont favorables. Il me reste 3,5 km à nager et je mettrais donc moins de 3h45. Je repars confiant.
Au bout de 3h20, je distingue la plage et me ravitaille, c’est normalement mon dernier ravitaillement. Les courants me paraissent moins favorables.

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20 minutes après, encore un ravitaillement et c’est sûr, c’est le dernier. Mais en nageant, je vois les côtes marocaines à droite mais le bateau se dirige vers l’Est. Je m’inquiète sur la direction et je reste sans réponse. Au même moment, sous moi, j’aperçois une ombre puis un grand mouvement : « qu’est ce que c’est ?». On m’informe qu’il y a une BALEINE dans l’eau. En fait, je n’ai vu que l’arrière de la baleine mais quelle émotion quand même ! Me voilà reparti mais pas tranquille...
Après 4h15, je m’aperçois que les côtes sont loin et qu’il me reste plus de temps que prévu à nager. A ce moment, je change de rythme de nage, mes épaules deviennent lourdes et mon moral est en baisse. Je suis agacé et énervé. Pourquoi m’emmènent-ils si loin ?

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Je n’aurai l’explication qu’à l’arrivée. Il ne pouvait pas y avoir de débarquement possible car il y avait un port en construction et à cause des travaux, il a fallu que je fasse un détour (un peu comme avec le tramway à Montpellier). Bref, suivez la déviation !
La température de l’eau chute de 2° et la couleur de l’eau devient blanche et il est impossible de voir à 1 mètre de profondeur. Mon moral est au plus bas. A l’arrivée, deux ouvriers marocains sont venus à notre rencontre pour m’encourager. Je saute le ravito des 5h et tout en nageant, je me dis « fini ces conneries ».

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Enfin, la plage de Punta Cires, et là, en voulant poser les pieds sur le sable, j’ai du mal à me mettre debout car il y a des vagues assez puissantes J’ai mis 5h11m pour traverser le Détroit.
Je retourne à la nage (comme si je n’en avais pas eu assez) pour rejoindre mon bateau, mais celui-ci, surpris par une vague, accélère pour éviter d’être retourné et passe sans me prendre. Il revient quelques minutes plus tard me chercher.
La satisfaction d’avoir terminé ne m’a gagné que plus tard car trop de facteurs m’avaient contrarié : le temps bien sûr, j’étais déçu de mettre 5h11 alors que j’étais parti pour moins de 4 heures et cette construction du port qui m’a détourné des côtes.

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Sur le bateau au retour, nous nous sommes fait arrêter par la police maritime marocaine pour (croyons-nous) un contrôle de passeport. Il demandait : « Il est où le nageur ?». En fait, ils voulaient un autographe ! ! !
Ce qui me réjouit aujourd’hui : je suis officiellement le premier français à avoir traverser le détroit de Gibraltar à la nage le dimanche 11 juillet 2004. Cathy a été la première française quelques jours plus tard. Merci encore à Bernard !

20/07/2002

Ma traversée de la Manche 2002 (33km)

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C’est le grand jour. Je n’ai pas beaucoup dormi. Le réveil n’a pas encore sonné que je suis déjà debout à vérifier tout mon matériel. Je prends mon petit déjeuner en compagnie de mes accompagnateurs. Le fait d’être accompagné par des amis de confiance et habitués à ce genre d’épreuve est très rassurant. « Ne te fais pas de souci, tout va bien se passer » me lancent comme à chaque fois très positives Alexandra et Cathy. Moi, c’est plutôt l’inverse. Une fois tous préparés, nous partons en voiture, direction le port de Folkestone.

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Le jour se lève et il ne fait pas très chaud. A 6 heures, une petite embarcation nous conduit jusqu’au bateau qui va m’accompagner : le « Viking Princess ». Nous retrouvons à bord, le pilote Reg Brickell, son assistant et l’observateur officiel du CSA K Peters. Pour m’accompagner, il y a sur le bateau, Cyril et Christophe comme entraîneurs, Alexandra et Cathy pour m’encourager et Alexandre pour les photos.

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Pendant le trajet qui nous amène au lieu de départ, je me prépare. Cyril et Christophe m’enduisent avec la graisse de couleur blanchâtre savamment préparée par François resté à quai car il n’y a plus de place sur le bateau. Tout mon corps en est recouvert à l’exception, bien sûr, des épaules et des bras. Je ne vais pas commettre aujourd’hui la même erreur que lors de mon premier marathon dans le lac Léman ! Il est 7 heures passé lorsque je me mets à l’eau pour rejoindre la petite plage de Shakespeare Beach située entre Folkestone et Douvres. Le départ ne peut se faire que de la terre ferme.

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Mon départ effectif a lieu à 7h15 (heure locale). La mer est relativement calme et la température de l’eau est de 15°C. D’après mes calculs, si je nage à environ 4 km/h de moyenne, je dois arriver sur le sol français en moins de 10 heures. Soit vers 17h, heure anglaise, juste pour le « cup of tea ». Après une heure de nage, Cyril me montre une ardoise avec inscrit 3,8 kilomètres de parcouru. Oups ! Je suis bien en dessous de ma vitesse habituelle. Je vois sur leurs visages qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Effectivement ! Et je ne l’apprendrai qu’à l’arrivée. Le fait d’être parti plus tôt que l’heure prévue a fait que je me suis retrouvé avec un courant défavorable. Au bout d’une heure j’ai en réalité fait à peine 3 kilomètres. Sur le bateau, ils savent déjà que cela va durer plus longtemps que prévu. Mais comme ils sont d’excellents accompagnateurs, ils vont tout faire pour que je reste motivé : « Allez Jacques, c’est royal, change rien !» lance Cyril et Alexandra de rajouter : « Allez t’es bien là, continue ! ». Le rôle de l’accompagnateur est de toujours positiver la situation. C’est en ça que mes amis sont un point essentiel.

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Après 2h30 de course tout va bien, pas de méduses en vue. Le soleil a du mal à se montrer mais je n'ai pas froid. La mer est relativement calme malgré des petites vagues qui se sont levées depuis une demi-heure. Ma nage est régulière et j’effectue mes ravitaillements sans problème. Au dire de mes accompagnateurs « c’est parfait, tout est nickel ! ». Mais cela ne va pas durer longtemps. Après 5 heures de nage je suis enfin arrivé à mi-course. Des ferries qui font la navette Calais – Douvres provoquent de grosses vagues. J’ai un peu mal aux épaules mais le moral et la motivation sont toujours là. Quand soudain, je crois entendre de la part de Cyril et Alexandra : « Je vois une méduse ! ». Au même moment, je reçois comme une décharge électrique à l'épaule. Elle ne m’a pas raté et cela me brûle. Je me mets à nager très en hauteur tout en regardant au loin, comme si je voulais être sur l’eau et éviter de rentrer en contact avec elles. Cette façon de nager me fait dépenser de l’énergie, m’épuise et cela n’empêche pas de me refaire piquer. Il faut tenir, cela ne dure qu’un temps. Ensuite la douleur s’atténuera. Une fois le banc passé, mes accompagnateurs s’empressent de me le signaler à l’aide du tableau blanc qui nous sert à communiquer. Parler ou crier ne sert à rien lorsque l’on nage car il est difficile d’entendre dans l’eau. Cela obligerait à m’arrêter et à demander ce qu’ils ont dit.

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Cette information me soulage, mais j’accuse le contrecoup de ces piqûres. Je souffre de nausées et du froid, je suis en plus en phase de digestion des premiers ravitaillements. Je suis obligé d’en sauter quelques uns pour éviter de charger mon ventre. Je me rappelle que Cathy est passée par ces mêmes étapes et cela doit s’estomper avec le temps. Psychologiquement cela me rassure. Mais je n’ai pas encore tout vu. Au même moment, un contre-courant m'oblige à faire du sur place pendant 2 heures. Après 7 heures de nage, je vois toujours les ferries qui croisent près de moi et du mauvais côté par rapport à l’endroit où je dois me situer à cet instant de la traversée. Je ne distingue toujours pas les côtes françaises. Mes accompagnateurs m’encouragent, c’est maintenant qu’il ne faut pas craquer. Mentalement, je sais que je ne nagerai jamais en moins de 10 heures. A partir de maintenant, mon objectif est de tourner les bras jusqu’à la terre ferme. Tant pis pour le chrono. Mais la Manche décide de m’offrir tout ce qu’elle a de terrible. Le temps se gâte, un vent latéral se lève et il pleut.

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 Des creux de 2 mètres me ralentissent et me font lutter. Mon bateau escorteur est lui aussi malmené, mes accompagnateurs sont de l’autre côté et ravitaillent les poissons : « Mais qu’est ce qu’on fout là ?» se disent-ils, pourtant ils ne laissent rien paraître. Il est même question de me faire arrêter pour des raisons de sécurité. L’observateur du CSA consulte Cyril et Christophe pour savoir ce qu’il est décidé : « Tant qu’il nage, on continue ». Après 10 heures de nage, j’entend un grand coup de « corne » : un voilier passe à moins de 50 mètres de moi et Reg lui signale ma présence. Dans l’eau, je distingue à peine les côtes françaises. Le cap Gris Nez est sur ma droite et je lutte contre les courants de la marée montante. Je ne comprends pas bien la trajectoire sur laquelle le bateau me dirige, elle ne correspond en rien à celle de mes prédécesseurs. Au lieu de faire un S, je suis en train de réaliser un V à l’envers. Je ne connais pas les horaires de marée mais si tout va bien, dès qu’elle s'inverse, je dois toucher rapidement le territoire français. Comme si je n’en avais pas eu assez, voilà encore des méduses qui viennent me tenir compagnie, mais heureusement pour moi, celles là sont justes un peu urticants. Au bout de 11 heures, l’état de la mer s’améliore, je distingue au loin la petite ville de Wissant (plage française). Mes accompagnateurs m’encouragent et Cyril commence à se mettre en maillot pour m’accompagner sur la fin. Le bateau n’est pas autorisé à pénétrer dans la zone des 300 mètres. Ça fait un peu plus de 11h30 que je nage, quand Cyril plonge. Il vient auprès de moi et cela me rassure, je ne dois pas être très loin. Mais la plage où je dois arriver est toujours aussi loin. Christophe sur le bateau est inquiet et dit à Cathy : « Il y a du courant, c’est pour ça que l’on rallonge. On n’arrive pas à nager en ligne droite, on est décalé en plein vent, on reste à la même distance de la plage, c’est terrible !!! »

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Au ravitaillement les encouragements redoublent. Il ne faut pas craquer. Christophe me tend la perche avec une gourde remplie de Cola mélangé avec de l’aspirine : « Jacques, bois, bois, bois ! Prend un petit coup de fouet, allez bois, bois ! » De toute façon dans ma tête, je ne pense plus au chrono, mon objectif est de finir, même si je dois y passer encore quelques heures. La délivrance est là quand je passe à côté des bouées des 300 mètres délimitant la zone de baignade de la plage de Wissant. J’en ai presque fini, il faut nager encore quelques mètres dans cette mer « agitée à peu agitée » comme ils disent à la météo. Cyril nage auprès de moi tout en m’encourageant, il est encore plus excité que moi qui n’en peux plus.

La Manche a mis sur mon chemin tout ce qu’elle pouvait m’offrir lors de ces 33 kms, et après 12h40 de lutte contre les vagues, le vent, les marées, les méduses, les ferries, le mazout et le froid, je touche enfin le sol français. Il est presque 21 heures (heure locale), Cyril me prend dans ses bras et me félicite. Des passants intrigués me prennent en photo. Je suis autant fatigué que content d'avoir enfin réalisé mon rêve : TRAVERSER LA MANCHE A LA NAGE.

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L’objectif de battre le record français que je m’étais fixé avant le départ n'est pas atteint mais vu les conditions météorologiques que j’ai dû affronter en ce samedi 20 juillet, c'était de toute manière irréalisable. Tout ceux qui sont partis le même jour que moi ont abandonné. Cela me vaudra par la suite d’être récompensé comme le meilleur nageur ayant terminé dans les plus mauvaises conditions cette année là (Trophée Van Vooren). Pour réussir un tel défi, il faut compter 75% de mental et 25% de physique.

Le retour vers Folkestone s’effectue dans la calle du « Viking Princess ». Le trajet dure trois heures et nous allons être bien secoués par les mauvaises conditions météorologiques. Mes amis accompagnateurs me réconfortent et me félicitent tout en me racontant ce qu’ils ont vécu de leur côté. Ils ont été géniaux et je les remercie de m’avoir soutenu tout au long de la traversée. Ils ont été de vrais pros : Cathy Marco, Alexandra Guigonis, Cyril Chauvel, Christophe Coutanceau, Alexandre Marco. Mais également le pilote de bateau Reg et son assistant.

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J’ai dormi deux heures cette nuit là car le dimanche matin nous avons tous pris le ferry qui va à Calais. La semaine qui suit, je vais me reposer et faire des nuits de 14 heures !

Un mois plus tard, un autre grand bonheur arriva, notre fils William était né.

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