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01/09/2014

Une manche pour faire « Connaître les Syndromes Cérébelleux »

Le 1er septembre 2014, j’ai traversé pour la seconde fois la Manche mais cette fois en relais sous les couleurs de l’association « Connaître les Syndromes Cérébelleux [CSC] » 212163712.jpgIl s'agit d'une maladie rare ayant comme origine une atteinte du cervelet. Notre relais avait pour objectif de faire connaître l’association et de récolter des dons pour financer la Recherche sur la thérapie génique de ces maladies héréditaires orphelines. Notre équipe pour ce challenge à la fois sportif et solidaire était composée de nageurs Franco-Suisse de tous horizons : Michèle Chan (Suisse), François-Xavier Chagnaud (France), Sergio Bianchini (Suisse), Hugues Le Bel (France) et moi-même. Ce fut une bien belle aventure sportive et humaine pour l’équipe appelée « Team Petit Frère »  ! 

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Tout a vraiment commencé pour moi en mars 2014, après avoir été contacté auparavant par François-Xavier (FX) et Michèle pour faire équipe avec eux pour une traversée de la Manche en relais, je leur avais proposé de venir jusqu’à Palavas pour effectuer le test des 2 heures nécessaire pour s’inscrire auprès de la Channel swimming association et voir leur motivation avant de me prononcer sur la suite. Ils ont été rejoints par Sergio et Philippe, 2 autres nageurs pour compléter l’équipe, j’ai pu observer leur réaction face à une température de l’eau avoisinant les 12°C. Ils sont tous allés courageusement jusqu’au bout : quatre nageurs avec quatre styles de nage différents, mais tous avec une motivation et une détermination exceptionnelle qui ne pouvait laisser entrevoir qu’une grande chance de réussite. Je n’ai donc pas hésité longtemps à faire partie de l’équipe et leur faire part de mon expérience de la Manche. C’est au cours de ce week-end dans l’Hérault que l’ordre de passage pour la traversée a été établi. Je partirai en premier, suivi de Michèle puis Hugues le brasseur, Sergio et enfin FX… Le rendez-vous est donc pris pour la première semaine de septembre !!! 02.JPGLe dimanche 31 août juste après avoir effectué une évasion à la nage de Spike Island en Irlande, je prends à 16h00 l’avion pour Londres puis le train à destination de Douvres afin de rejoindre le groupe déjà sur place depuis la veille. A mon arrivée à 20h20 en gare je suis attendu impatiemment par Hugues et FX qui m’annoncent la nouvelle : « On part dans 4h !!! Nous avons rendez-vous au port à 00h30… » A la fois fatigué et ravi de savoir que la traversée va pouvoir se faire (les conditions météo sont toujours aléatoires) je commence déjà à me préparer mentalement à ce qui va m’attendre. Sur les lieux de notre hébergement chez David et Evelyn au « Channel Swimming Holiday Park » de Varne Ridge, je retrouve le groupe ainsi que Sandrine qui sera notre ange-gardien pendant la traversée. Elle est médecin urgentiste et s’occupera de toute la logistique. Ils sont déjà tous prêts pour le grand départ et ils ont préparé leurs affaires : boissons énergétiques, vêtements chauds, repas…. Je me dépêche d’en faire autant avant de me mettre à table pour dîner et discuter stratégie sur la traversée avec le groupe et les journalistes présents qui vont nous suivre lors de notre relais. 

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A 00h30 toutes nos affaires sont chargées dans la voiture et nous rejoignons le port de Folkestone. Une fois au port, tous les bateaux sont à sec car c’est marée basse et il n’y a personne !!! Oups, un doute s’installe, est-ce la bonne heure de rendez-vous ? Notre pilote Peter Read, son fils et l’observateur de la CSA nous rejoignent un quart d’heure plus tard. Le temps de discuter et préparer les affaires, la mer est montée à une vitesse impressionnante et les bateaux sont déjà à flot. Nous embarquons sur le bateau de pêche « Rowena FE75 » et nous dirigeons vers Shakespeare Beach, la plage de départ située entre Douvres et Folkestone. Cinq minutes avant d’arriver, je commence à me préparer et m’enduire de graisse. Il fait nuit noire et je rajoute sur mon bonnet et mon maillot des sticks lumineux afin d’être repéré la nuit. D’autres prétendants pour la Manche nous rejoignent avec leur bateau, mais je suis le premier à me mettre à l’eau et à rejoindre la plage à la nage. En effet, les départs se font toujours de la terre ferme. A 1h45 du matin, je lève les bras au ciel pour signifier que je suis prêt et c’est le départ ! C’est parti pour une heure… Je nage au milieu d’une flottille de bateaux éclairés puis après 500 mètres c’est le noir absolu. Je distingue à peine mes avant-bras sous l’eau. 05.JPG

Elle est à 16°C et l’air à 12°C. Lorsque je respire, je vois sur ma gauche les lumières de Douvres et sur ma droite l’éclairage du bateau. J’essaie de me mettre à une distance de 2 à 3 mètres du bateau car la mer est assez plate et il peut me suivre assez facilement. Mais de temps en temps, comme le bateau ne peut suivre une vitesse constante, je me retrouve parfois seul devant le bateau dans le noir total ! A bord du bateau, cela tangue malgré tout pas mal, je vois FX qui me regarde nager et Sergio figé sur sa chaise semble avoir le mal de mer. Les journalistes, quant à eux, prennent des images mais ils me paraissent mal en point aussi.DSC00674.jpg

Sandrine prépare Michèle qui doit prendre le relais. Est-ce que tout le monde va pouvoir tenir toute la journée comme ça avec en prime les odeurs des gaz d’échappement ??? S’il y en a un qui abandonne, c’est malheureusement fini pour l’équipe !!! Après une heure de nage on me dit de m’arrêter et Michèle se met à l’eau derrière moi. Pour faire le relais elle doit me doubler par l’arrière et on ne doit surtout pas se toucher…Je monte ensuite sur le bateau en faisant de l’équilibre sur une petite échelle. Ça fait plus de 20h que je suis debout sans dormir et il ne me tarde qu’une chose, me sécher, me couvrir et enfin me reposer… 06.JPG

C’est ce que je vais faire pendant plus de 3 heures, allongé par terre sur le pont du bateau bercé par les vagues. Je ne vais malheureusement pas pouvoir voir mes coéquipiers nager.
Au bout de 3h30 de repos, j’émerge de mon sommeil avec la tête dans les chaussettes. FX est dans l’eau et je dois me préparer car c’est bientôt mon tour. Le jour se lève et on assiste à un magnifique lever de soleil quand tout à coup j’aperçois un aileron, puis 2.. Puis 5... je me mets à crier : « Regardez des dauphins !!! » Peter Reed Junior, le fils du pilote de bateau sort de sa cabine émerveillé et nous dit alors : « C'est incroyable d'en voir, quelle chance, la dernière et l'unique fois que j'en ai vu c'était il y a 4 ans quand j'accompagnais Philippe Croizon ». C’est alors que je lui réponds : « 
je sais, j'y étais, j'étais sur le bateau avec vous ! » Quel drôle de coïncidence !!! Etonné, il me répond: "c'est toi alors, tu les attires !". 07.jpg

Nous sommes tous sur le bateau à les observer nager autour de nous, malheureusement FX n’a pas réussi à les voir. Alors qu’ils évoluent près de notre bateau, je me positionne pour me remettre à l’eau. Avec un peu de chance, je vais pouvoir les voir de près. Cela ne sera malheureusement pas le cas, dès que je saute à l’eau et commence à nager, je ne les distingue plus, ils font leur chemin et s’éloignent de notre embarcation… Le soleil se lève et l’eau me paraît plus chaude que dans la nuit, c’est effectivement le cas car le thermomètre affiche maintenant 17°C. Je suis en plein milieu de la Manche et cette 2ème heure va être relativement paisible, bien qu’à plusieurs reprises je vais avoir quelques inquiétudes en croisant d’assez près des méduses éparses !!! Une fois mon tour passé, je retourne m’allonger sur le bateau. DSC00698.jpg

A bord, Sergio et les deux journalistes ne sont pas au top de leur forme, FX est toujours accroché à sa rambarde avec Sandrine à ses côtés. Le seul, en dehors de l’équipage, à tenir le coup, c’est Hugues qui se balade un peu partout et aide tout le monde, on sent qu’il a vraiment le pied marin lui… Je suis tellement fatigué que je ne sens même plus le bateau tanguer ni l’eau qui commence à rentrer sur le pont du bateau et mouille ma serviette. Je dors vraiment profondément. 08.JPG

Lorsque je me réveille, la mer commence à bouger de plus en plus et les côtes françaises me paraissent encore loin. Je me prépare car cela va bientôt être à moi. FX en est à 55’ de nage et au vu des mauvaises conditions qui commencent à se lever, le juge m’autorise à me mettre à l’eau comme prévu par le règlement (1heure plus ou moins 5’) et commencer à nager. A ce moment, l’heure qui va passer me paraîtra le double, la mer est très agitée, le vent souffle à Force 5 et les vagues font plus d’un mètre… J’ai l’impression d’être revenu 12 ans en arrière lors de ma traversée où j’ai eu des conditions similaires, ce qui m’avait valu de remporter le trophée Van Vooren du nageur ayant réussi dans des mauvaises conditions. DSC00712.jpg

Cela devient une véritable lessiveuse et j’espère que le pilote ne va pas stopper la traversée, ce serait dommage !!! Je m’éloigne le plus que je peux du bateau pour éviter de me le prendre à chaque passage de vagues mais c’est difficile, car pour éviter de boire la tasse je suis obligé de respirer le plus souvent à gauche et j’ai donc du mal à le voir manœuvrer sur ma droite. Je me heurte souvent à la petite barque qu’il traîne à l’arrière du bateau et qui sert pour accompagner le nageur à l’arrivée lorsqu’il n’y a plus beaucoup d’eau. J’ai du mal à tourner mes épaules mais pendant cette heure interminable où j’ai l’impression de nager dans une lessiveuse, on s’est rapproché rapidement des côtes. Je pense que cela va être mon dernier tour…et quel soulagement lorsque je vois mon relayeur Michèle se mettre à l’eau… DSC_0241.jpg

Une fois à bord, je m’assois et bien mal en point je vais passer les derniers moments à essayer d’encourager mes coéquipiers. Le bateau tangue, on doit s’accrocher pour ne pas passer par-dessus bord à chaque vague. Michèle est en train de souffrir des conditions, on sent que les bras sont lourds mais malgré la fatigue, elle est déterminée, cela se voit sur son visage. Pendant sa nage, nous avons bien avancé, on distingue bien les côtes, elles sont à moins de 3km et avec un peu de chance, Hugues peut en découdre avec la Manche. C’est à son tour et il se met à nager avec une brasse déterminée dans l’espoir d’être celui qui touchera terre, mais les courants sont traitres dans la Manche et ils nous déportent latéralement. On ne sait pas trop où nous allons arriver. DSC00738.jpg

Lorsque Hugues en termine avec son heure de nage, il reste moins d’un kilomètre et c’est Sergio qui s’élance pour en terminer avec la traversée. Peter Junior prépare le petit bateau pour l’accompagner dans les derniers mètres. Malheureusement, nous devons rester à bord, on ne peut pas l’accompagner sur la fin car les conditions ne sont pas très bonnes. Sergio nage à fond les derniers mettre, puis on le voit se mettre debout et lever enfin les bras au ciel : ça y est nous avons réussi cette traversée en 13h13 !!! 

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Sur la plage, il est attendu par Eric, un membre de l’association CSC qui était en contact avec Hugues depuis le bateau. Il est venu exprès pour nous accueillir et nous féliciter, c’est super de sa part mais malheureusement on ne peut pas s’éterniser, il faut impérativement rentrer. La fête avec les membres de l’association se fera plus tard dans un restaurant de Wissant. En attendant, nous sommes tous heureux de ce que nous venons de réaliser mais la galère n’est pas terminée. Nous repartons pour 3 heures de bateau (ou de torture), plein gaz vers Folkestone. DSC00750.jpg

Tout le monde est malade à bord et personne ne parle à l’exception d’Hugues et de l’équipage, pour ma part j’ai presqu’envie de revenir à la nage… Il est 18h30 lorsque nous arrivons au port, après avoir débarqué nos affaires nous faisons une dernière photo souvenir avec la famille Reed et l’observateur, un grand merci pour leur aide et leur gentillesse ! Je ne leur dit pas « à la prochaine »… mais bon, on ne sait jamais !!! 11.JPG

Arrivés à Varne Ridge on voit le drapeau français hissé au sommet du mât à l’entrée du camping ainsi qu’une banderole « Congratulations on swimming the Channel » sur notre mobile home : c’est une tradition des propriétaires qui sont tenus au courant des réussites des nageurs du camping et c’est leur façon de nous accueillir et nous féliciter !!! 01.JPG

Félicitations à toute l’équipe (Michèle, Sergio, Hugues et FX), votre motivation et détermination vous ont emmené au bout d’un rêve et d’une belle aventure, récompensée par l’accueil et le sourire des membres de CSC lors de notre retour ! J’ai été ravi d’être des vôtres.17.JPG

Pour Damien, Freddy ... et tous les autres, vous avez été des killers !!! Cependant, n’oublions pas que la recherche a besoin d’aide, notre traversée est terminée mais CSC a toujours besoin de soutien pour faire avancer la Recherche !!!

28/03/2012

J'ai traversée la manche à la nage (livre)

livre Croizon Philippe.jpgJ'ai reçu avec plaisir le dernier livre de Philippe Croizon intitulé : "J'ai traversé la Manche à la nage".

J'ai eu la chance de participer à son extraordinaire aventure car il m'avait demandé des conseils pour sa traversée, il était venu s'entraîner à Palavas et je l'avais accompagné sur le bateau le jour J. J'ai donc la chance aujourd'hui d'avoir dans ma bibliothèque sportive un livre dédicacé par un nageur distingué de la Légion d'Honneur !

Je vous recommande cet ouvrage qui est un véritable exemple pour tous ceux qui ont un projet sportif qui leur tient à coeur et qui doivent affronter toutes sortes d'obstacles pour parvenir à leurs fins. En effet, Philippe explique comment il a su garder intacte sa motivation pour la Manche malgré les difficultés de l'entraînement, la recherche de financements, les problèmes de logistique... et bien sûr malgré son très lourd handicap. Donc c'est une belle leçon de courage et d'adversité pour atteindre un rêve qui semblait à beaucoup de personnes irréalisable. Ce livre témoigne aujourd'hui que réaliser un rêve est possible...

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Cette photo a été prise lors de la soirée de son exploit, nous étions tous euphoriques et je suis heureux que Philippe ait aussi relaté ce moment "déjanté" dans son livre !

23/12/2011

Soirée à l'Elysée...

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Le vendredi 16 décembre 2011, j'ai été invité au Palais de l'Elysée afin d'assister à la cérémonie de remise de la Légion d'Honneur à Philippe Croizon.

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Philippe Croizon est le nageur amputé des 4 membres qui, en septembre 2010, avait traversé la Manche muni de palmes en 13h20.

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J'avais fait parti de l'équipe qui l'a accompagné et soutenu lors de sa traversée. J'avais effectué le dernier kilomètre à ses côtés pour lui permettre d'atteindre le Cap Gris-Nez malgré des courants défavorables et ainsi lui permettre de réaliser son incroyable rêve.

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Félicitations Philippe, ta médaille est amplement méritée !!!

22/09/2010

GRANDIOSE !!!

Le mot est faible pour annoncer l’exploit que vient de réaliser Philippe Croizon ce samedi 18 septembre 2010. Amputé des 4 membres, il a traversé la Manche à la nage dans un temps de 13 heures 23 mn. Sa réussite n’est pas passée inaperçue, tous les médias s'en ont fait l’écho. Comme j’ai eu la chance et l’honneur de l’accompagner lors de son voyage, je vais plutôt vous raconter ce que j’ai vécu de l’intérieur.

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Mercredi soir je retrouve Philippe et son équipe à Folkstone, il est très tendu, il ne peut réaliser sa traversée faute de pilote de bateau chargé de l’accompagner et l’encadrer. En effet, le pilote qu’il avait réservé depuis plus d’un an l’informe qu’il ne peut plus le prendre, car deux nageurs brésiliens inscrits doivent nager avant lui et seulement 2 jours semblent favorables pour traverser. Il faut qu’un nageur déclare forfait mais cette option ne doit pas être prise en compte.

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Pendant deux jours les téléphones portables vont chauffer, nous allons tout mettre en œuvre pour trouver un autre bateau et surtout un pilote. La presse est présente avec les journalistes de France 3 Poitou-Charente et ceux de la radio. Ils vivent et filment ces moments à rebondissement en direct. Il y a de quoi faire un « 52 minutes » rien que sur le sujet (D'ailleurs je pense que je me chargerai prochainement d’en faire une note). La journée de jeudi est longue et Philippe est très stressé. Il n’a pas besoin de cela. Le plus terrible c’est que la journée est des plus magnifiques pour nager et aucun nageur n’a pris le départ car le pilote avait annoncé du mauvais temps donc pas de traversée possible. Le soir c’est enfin le grand soulagement, nous avons finalement trouvé un pilote disponible qui veut bien l’accompagner. Il ne reste plus qu’à officialiser le contrat. A 19 heures, Philippe peut se remettre à rêver de la Manche et surtout se remotiver. Son départ est prévu samedi matin.

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Le vendredi, nous faisons une séance d’entraînement en mer d’une trentaine de minutes afin de se remettre dans le bain et remettre les esprits en place. L’après-midi est consacrée à faire les courses et commencer à préparer les affaires. Le rendez-vous est prévu à 5 heures 30 et nous devons prévoir la logistique pour 24 heures de nage. Sa vitesse de base avec ses palmes est relativement faible : 2 à 2.5km/h. Les anglais aiment bien les paris sportifs et les bookmakers font les paris. Sa côte est à 70 contre un. C'est-à-dire qu'une personne sur 70 croit en sa réussite ! Pour nous, son mental et sa préparation ne laissent aucun doute, la seule inconnue reste la météo, c’est en fonction d’elle que tout peut basculer.

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Samedi matin tôt, Philippe, sa compagne Suzana, son entraîneur Valérie, son médecin Arnaud, un autre Arnaud et moi-même qui avons déjà traversé la Manche embarquons à bord du bateau de pêche piloté par Peter Reed et son fils. Un huissier français engagé par handicap 2000 est présent également pour officialiser sa traversée. Nous naviguons vers la plage où doit s’élancer Philippe. En cours de route, Suzana et Valérie le préparent. Elles effectuent les mêmes gestes répétés depuis deux ans : pose des prothèses prolongées de palmes en fibre de carbone d’une longueur de 70cm, elles le graissent, remontent sa combinaison, enfilent sa cagoule, ses lunettes et son tuba et le voilà paré pour le grand défi.

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A l’aide d’un drap emprunté à l’hôtel, nous allons le descendre du bateau dans l’élément qu’il va devoir conquérir : La Manche. Il nage d’abord en direction de la plage afin de s’asseoir sur le sable car il doit partir assis du bord de la plage. A 6h50, le départ est donné, il s’élance et attaque sa traversée. Il se déplace à l’aide de ses palmes pendant que ses bras amputés moulinent pour garder l’équilibre. La température est de 15.2°C, il fait beau et le vent souffle à 10km/h. Il y a un léger clapot. Rien de bien grave par rapport à ce que la Manche peut offrir quelquefois. Après une heure de nage, il a tout juste parcouru 2km. La journée risque d’être longue mais sans cesse nous allons tous l’encourager...

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 Toutes les demi-heures, nous allons à tour de rôle lui tendre son ravitaillement. Il s’agit d’un système qu’il a spécialement conçu pour la circonstance. Sur un flotteur en forme de V à l’envers il a creusé des trous où peuvent s’insérer 4 gourdes. Il a ainsi le choix de son ravitaillement planifié à l’avance.

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 Soudain, après 3 heures de nage nous allons vivre un instant féérique. Nous apercevons 4 dauphins qui viennent aux côtés de Philippe. Ils vont nager 5 bonnes minutes autour de lui comme s’il voulaient l’encourager. Les pilotes du bateau, habitués à pêcher toute l’année dans ce territoire, nous disent que c’est la première fois qu’ils en voient. C’est unique. Les dauphins ne feront même pas un détour pour aller voir le nageur parti plus tard et qui se situe 200 mètres juste derrière lui. Ils ne sont là que pour lui. C’est magique !

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Le vent devient nul et la mer est plate. Les seules vagues sont dues au passage des cargos. Les courants commencent à descendre de la mer du nord vers l’atlantique et Philippe est dirigé vers les côtes Françaises à une vitesse doublée par rapport à sa vitesse de base. Nous fonçons en direction du cap Gris Nez. Lorsqu’il nage, Philippe dévie toujours sur la gauche et nous passons notre temps à crier et siffler afin qu’il maintienne le bon cap.

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 Après six heures de course, au cours d’un ravitaillement il se plaint de douleurs au ventre et commence à avoir froid. C’est un passage obligé, il est en pleine digestion et on lui fait comprendre que cela va passer. Les ravitaillements suivants, la sensation de froid a disparu mais il se plaint de temps à autre de douleurs dans le dos. Son courage et sa ténacité le poussent au-delà de ces petits désagréments.

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Nous sommes en fin de soirée et le vent se lève à nouveau. Il souffle environ à 10km/h et une légère houle se lève. Les côtes françaises approchent de plus en plus, les encouragements vont bon train. La nuit commence à tomber alors je me mets en tenue pour aller le rejoindre dans l’onde. Il commence à faire noir et je nage à ses côtés, nous sommes équipés de sticks lumineux pour nous repérer. Soudain sur le bateau, on m’annonce qu’il faut accélérer si on veut passer la « barrière » de courant. Si on ne va pas assez vite le Cap Gris Nez risque de nous échapper et Philippe sera obligé de revenir l’année prochaine.

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Cela serait dommage alors qu’il a fait le plus dur. Alors qu’il doit se ravitailler, je lui dis : « on ne s’arrête plus, il n’y a plus de ravitaillement, il faut que tu accélères et que tu me suives ». Et nous voilà partis dans le noir à la conquête des falaises du cap Gris Nez. C’est très dur, il ne faut pas lâcher et je vois en regardant le phare que nous sommes déportés à grande vitesse. Philippe n’en peut plus mais il s’accroche. A chaque respiration, je continue de l’encourager, il ne faut pas qu’il lâche, ce n’est pas le moment. Lorsque je lève la tête, j’entends les vagues qui cassent sur les rochers. Je me dis que c’est de la folie, on ne voit rien et le coin est très dangereux. Les bateaux ne peuvent pas s’y aventurer. Sur ma gauche il ne reste qu’une cinquantaine de mètres de falaise, il faut arriver avant sinon c’est foutu. Soudain je me redresse à quelques mètres des rochers et je touche avec mes genoux un rocher plat, j’arrête Philippe et lui crie de s’asseoir. Ça y est il vient de réaliser son rêve : traverser la Manche à la nage ! Il s’assoie, crie et lève les bras au ciel en signe de victoire. Soudain on va frôler la catastrophe, une vague l’emporte en direction des rochers, j’attrape comme je peux une de ses palmes et avant qu’il ne percute un rocher je le tire vers le large. Arnaud nous a rejoint, nous dégageons le plus vite possible car le coin est hyper dangereux. Nous l’arrêtons ensuite à quelques mètres du bord dans une zone moins dangereuse afin qu’il puisse savourer sa réussite avec sa famille et ses amis venus l’encourager.

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J’ai vécu avec Philippe et toute l’équipe de grands moments qui resteront longtemps gravés dans ma mémoire. Mais l’arrivée avec cette rage de finir de Philippe qui n’en pouvait plus restera le moment le plus fort. Philippe, t’es un KILLER !!!

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Cette victoire, il la doit à sa motivation, ses 2 ans d'entrainements assidus, mais aussi à toute une équipe qui la soutenu : sa famille, son entraîneur, la ville de Châtellerault et tous les personnes qui ont cru en lui. Elle est amplement méritée car Philippe est vraiment une personne hors du commun, un être humain pétri de générosité.

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Philippe a mis pour traverser la Manche 13heures 23 minutes : un temps impressionnant au regard de son handicap ! Alors que sa traversée avait été estimée à plus de 20 heures, ce temps s’explique par de très bonnes conditions météorologiques et de très bons pilotes de bateaux. En comparaison, un mois et demi auparavant, Stéphane Lorenzo, plus rapide que Philippe et premier nageur handicapé français de la Manche, avait nagé en 16h11. Il n’a pas eu les mêmes conditions et pourtant il était en maillot et sans palmes...

La Manche est différente pour chacun et aucunes des traversées ne se ressemblent. Trop de paramètres rentrent en jeu pour pouvoir être assuré d'avoir de bonnes conditions de nage, ce qui est primordial c'est le mental, Philippe a eu les deux, cette victoire est donc amplement méritée.

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03/08/2010

Il a réussi !!!

Stéphane Lorenzo, sportif de Haut Niveau, ancien membre de l’Equipe de France de Natation Handisport a réussi sa traversée de la Manche ce lundi 2 août sans combi ni palmes. Cet homme de 35 ans, handicapé d'une jambe, vient de mettre 16h11mn pour effectuer les 33kms qui séparent l'Angleterre de la France. Nous attendons avec impatience le récit de sa traversée sur son site : http://www.unemanchepartout.fr/

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Toute ma famille se joint à moi pour te féliciter : CONGRATULATIONS !!!

16/05/2010

Une Manche partout !

Les 13 et 15 mai dernier, j'ai eu la chance de rencontrer un nageur exceptionnel : Stéphane Lorenzo, sportif de Haut Niveau, ancien membre de l’Equipe de France de Natation Handisport. Cet homme de 35 ans, handicapé d'une jambe, va tenter de traverser la Manche cet été (en aout 2010) sans combi ni palmes. Il vient d'Aix-les-Bains, il est chef de bassin là bas, sa femme Marianne l'a accompagné jusqu'à Sète où il a fait un stage de 4 jours, à cette occasion, il a fait un "crochet" par Palavas pour me rencontrer.

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Stéphane passionné de natation souhaite être le premier français handicapé dont la traversée de la Manche sera homologuée par la Channel Swimming Association.

Nous avons nagé ensembles pendant 40 minutes dans la Méditerranée, je l'ai trouvé extrêmement motivé et il me semble tout à fait près ! Il a un site internet où tous les messages de soutien sont les bienvenus.

31/03/2010

Le courage et la ténacité d'un handicapé face à l'exploit sportif

Philippe Croizon, un nageur handicapé habitant Châtellerault, amputé des membres inférieurs et supérieurs des suites d'un dramatique accident, va tenter entre le 13 et le 20 septembre de traverser la Manche à la nage. Il compte réaliser cet exploit à l'aide de prothèses munies de palmes.

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Le contexte : en 1994, Philippe bricole son antenne sur le toit de sa maison. Au moment de redescendre, il pose le pied sur son échelle. Il est foudroyé à deux reprises par un arc électrique de 20000V causé par une ligne haute tension ne respectant pas les normes de distance. Il est carbonisé là où l’électricité est passée. Les reins et le cœur sont touchés. Il doit subir l’ablation des quatre membres. Lors de sa longue convalescence, il regarde sur l’écran de télé de sa chambre un épisode de Thalassa intitulé « Dame de nage ». Ce reportage raconte la  énième traversée de la Manche de l'anglaise Alisson Streeter. Philippe se dit « moi aussi, un jour peut-être ».

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Enfin, il y a 18 mois, il décide de réaliser ce projet qui n’a en fait jamais quitté son esprit. Il prend contact avec moi par téléphone. Au départ, je suis un peu surpris, mais comme j’ai déjà assisté à des compétitions eau libre avec des handicapés, je me suis dit « Pourquoi pas ? ». Il faut juste que je lui explique ce à quoi il doit s’attendre. Il ne s’agit pas d’un projet que l’on réalise sur un coup de tête. Même s’il effectue la traversée en combinaison et avec des prothèses prolongées de palmes, il y a toute une préparation à effectuer. D’un état de « sportif de canapé », ¨Philippe doit apprendre à passer à l'état de nageur avec ce nouveau corps. Il doit s’entourer d’un entraîneur, d’un préparateur, de partenaires et d’ingénieurs pour concevoir et fabriquer les prothèses. Puis c’est les premiers entraînements : nage en piscine avec des séances de plus en plus longues, puis l’essentiel de la préparation avec des sorties en mer.

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Après avoir visionné un des reportages télé qui lui sont consacrés, je constate qu’il y a pas mal de choses à améliorer. Après avoir repris contact, nous décidons de nous retrouver un week-end à Palavas avec Cathy. Je vais profiter de ces trois jours pour lui faire part de mon expérience. Nous avons parlé d’alimentation, de communication avec le bateau, d’organisation, de programme d’entraînement, d’orientation mais surtout il a nagé en mer. Nous avons d'ailleurs amélioré quelques petits points au niveau de ses prothèses.

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Dans moins de six mois Philippe s’élancera d’Angleterre pour réaliser sa traversée. Ce qui est sûr c est que je l'ai trouvé super-motivé, mais il avait évalué son temps de traversée à 15-20h, en le voyant dans l'eau j'ai plutôt pensé à 20-25h, il a donc encore une longue préparation devant lui. En tout cas ceci a permis à ma famille de le rencontrer, lui, son coach Valérie et sa compagne Suzana et nous avons su vraiment apprécier sa bonne humeur et sa joie de vivre, je suivrai son aventure de très prés !

 

02/01/2008

Nage à Arcachon

Voici le compte-rendu de François (Pessac, 33) nageur en eaux froides sur la compétition de nage avec palmes du samedi 15 décembre à Arcachon, mais à sa manière car il le fait sans ... combi ni palmes !

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"Distance: environ 800m (un genre d'aller-retour entre les 2 jetées Eyrac et Thiers, Eau à 6°C (éh oui) et vent glacial à 3°C. 60 palmes + moi (ni combi, ni palmes).
Je finis 10ème sur 61 à 1'15 du premier (monopalme). Je profite d'une arrivée sur le sable pour gratter 2 ou 3 places devant des palmistes... médusés!

A bientôt,
François"


Bravo et félicitations François !!! On se donne rendez-vous dès le printemps pour des sorties aquatiques un peu moins fraîches...

28/07/2007

Défi ... réussi !

Elle est arrivée ! (lire note précédente)
Le départ a été donné à 18h13 vendredi 27 de Monaco par le Prince Albert lui-même.

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Cathy dès le départ a été piquée par une méduse aux bras et au visage mais cela n'a pas entamé sa motivation.
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Elle était suivi en kayak par son mari Bernard, son frère Bernard, Jean-Yves Faure et Jacques en alternance, en plus de l'équipe sur le bateau bien sûr. Chacun a fait 4 heures de kayak.
La nuit a été très dure. Cathy a souffert du mal de mer et d'une forte migraine à partir de 22h, ce qui a rendu le ravitaillement compliqué (nausées). Puis un médecin est monté à bord du bateau à minuit, elle a pu être soignée tout en restant dans l'eau.
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Malheureusement entre 2h et 4h du matin, elle a nagé constament au milieu d'un ban de méduses et évidemment a été piquée à plusieurs reprises. L'angoisse était palpable sur le bateau-ravitailleur mais aussi dans l'eau car Cathy redoute particulièrement ces "bestioles". Pour se protéger, elle a enfilé gants et chaussons de plongée, ce qui a alourdi considérablement ses mouvements. Petite anecdote, à chaque fois qu'une méduse piquait, elle s'illuminait dans l'eau ! Ensuite le ban de méduses dépassé Cathy a oté ses protections et est repartie plus légère à vive allure. S'en est suivi un grand coup de "pompe", conséquence de toutes ces mésaventures, mais elle s'est battue !
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Elle est arrivée à Cannes ce matin à 10h22, accueillie triomphalement sur la plage par des amis, de la famille et bien sur les membres de France Choroïdérémie organisateurs de la traversée.
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UN GRAND BRAVO A CATHY MARCO !!!

Voici le lien pour visionner les informations diffusées à Monaco sur l'événement.

A écouter sur radioethic

19/07/2007

Un défi au féminin

Mon amie Cathy Marco, inscrite au CNC Alès, grande nageuse de longue distance a un nouveau défi pour cet été. Celle qui a déjà traversé la Manche en 2002, le Détroit de Gibraltar en 2004 et réalisé de nombreuses autres traversées dans le monde, a proposé de faire la traversée de Monaco à Cannes (50 km) au bénéfice de l'association dont je vous ai parlé déjà plusieurs fois : France Choroïdérémie.

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Pour cet exploit elle a décidé de nager la nuit (départ vers 17h arrivée prévue vers ... 11h), ce qui rend les conditions de nage encore plus difficiles et méritoires !
Sur le bateau pour l'encourager son mari, certains membres de sa famille, des membres de France Choroïdérémie et moi !
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Je ferai le plus de photos possibles pour vous relater son exploit. Cathy est tres motivée, elle s'entraine durement malgré deux tendinites au bras. Pour l'encourager vous pouvez laisser un commentaire, cela lui fera plaisir.

23/02/2007

Donauschwimmen : Rats d'eau courageux

J'ai proposé à Jean-Marie Briard, président et entraîneur de la palme Sétoise (club dont je fais partie) de lui consacrer une note sur mon blog. Voici le compte-rendu de sa dernière "folie" avec palmes !

La neige, une température de l'air frigorifique et une eau à trois degrés, n’ont pas dissuadé 1.800 hommes et femmes, de toute l’Europe, de venir prendre le traditionnel bain dans le Danube, à Neuburg, en Bavière, le 27 janvier dernier.

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Parmi eux 22 pompiers (sauf deux nageurs avec palmes de La Palme Sétoise) de Sète et de Montpellier, dans le cadre du jumelage entre Sète et Neuburg.
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Les participants ont parcouru la distance de 4 km.

La plupart avec des combinaisons étanches et tête hors de l’eau. Jean-Marie, surnommé là-bas « monsieur drei millimètres » en raison de sa combinaison de nage de 3mm, faisait le dauphin avec sa monopalme.
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09/06/2006

Nager avec Dony …

Aujourd’hui je ne vais pas vous raconter une de mes aventures, mais plutôt celle qui est arrivée à un autre nageur en Bretagne. Il s’appelle Laurent et a eu la chance, lors d’un entraînement à Vannes, de nager au coté d’un dauphin dénommé Dony.

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Voici le récit de son aventure :
« Le 10 mai, je m’entraînais à Conleau (Vannes). Alors que je me ravitaillais, à une dizaine de mètres du rivage, j'ai entendu un "pchiit" derrière moi. Je me suis retourné et j'ai vu un aileron d'environ 30 cm de haut à 2 mètres de moi. J’étais un peu effrayé, je l'avoue, même si je me doutais un peu qu'il s'agissait d'un dauphin. L'eau était sombre, je ne voyais que l'aileron. Je me suis reculé. J'ai vu son nez.
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J'ai mis ma tête sous l'eau et il a approché son museau à une vingtaine de centimètres de mon masque ! J'ai alors repris la nage avec Dony me suivait, me doublait, me passait dessous. Je ne le voyais pas beaucoup mais le sentais passer à proximité de moi (turbulences).Cela a duré une vingtaine de minutes. Plus tard, une dame s'est mise à l'eau près de l'embarcadère et Dony s'est alors dirigé vers elle, ensuite d'autres personnes l’ont rejoint et ont pu caresser l'animal depuis le bord. »
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Dony a un site (et bientôt son propre blog ?) : http://www.reseaucetaces.org/Dony.php3