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26/07/1992

Jablines : Championnat de France 15km 1992 et 1993

Nager avec, à mes côtés, un pédalo comme bateau ravitailleur, c’est ce qui m’est arrivé lors des premiers championnats de France qui se sont déroulés à la base de loisirs de Jablines (à 30km de Paris) le 26 juillet 1992.

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Là-bas, ils appellent ça « la plage ». Il fallait le savoir. Pour moi qui viens du Sud, quand à la sortie du métro, une personne m’a demandé où était la plage, j’ai gentiment rigolé et répondu qu’elle devait être à environ … 300km ! Cela ne l’a pas fait rire et je suis passé pour un plouc ! Parce qu’arrivé sur place, j’ai mieux compris : c’est une petite plage reconstituée sur un plan d’eau. Là, je retrouve Jean-Luc et les 12 autres nageurs et nageuses qui vont participer à cette grande première.

Pour unmedium_jablines.jpge première, ce fût le cas, et même pour l’organisation ! Le parcours de 16km s’effectue en 6 boucles de 2,6km et le règlement n’a rien à voir avec celui en cours aujourd’hui. Pour le ravitaillement, l’accompagnateur dispose d’un Pédalo. Vous imaginez, un nageur va à 5km/h et un pédalo à 3km/h en pédalant vite (en solitaire). Heureusement, qu’il s’agissait de boucles, cela a permis aux pédaleurs de couper et faire des allers et retours. Seize kilomètres c’est long, il faut boire et s’alimenter pour compenser les pertes en eau et en calories dûes à l’effort. Il ne faut pas prévoir trop juste, car l’accompagnateur en consomme 2 fois plus que le nageur (chaleur et efforts obligent) ! ! ! Avez-vous essayé de manger dans l’eau ? C’est comme mâcher avec un verre d’eau à la bouche. C’est très désagréable. La prochaine fois je prévoirai mon ravitaillement liquide plutôt que solide. Boire est important pour le succès et la performance lors de ces longs efforts. Un ravitaillement rapide et bien planifié pendant l’épreuve peut faire la différence à l’arrivée.

Au final, on compte seulement 4 abandons. C’est une jeune fille de Clichy 92 qui, la plus efficace, remporte l’épreuve devançant le premier garçon de plus de 4mn. Je termine 6ème tout confondu. Cette course sert d’enseignement pour l’organisation des éditions suivantes. Le premier essai transformé, la longue distance a le droit d’exister en France.

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C’est également un enseignement pour les nageurs, on commence à apprendre ce qu’il faut faire et surtout ne pas faire. Et on s’est pris très vite au jeu. Nous commençons à nous documenter et je commande aux Etats-Unis cinq fascicules de 25 pages écrit par Penny Lee Dean, l’entraîneur national des nageurs de longue distance aux USA : « How to Swim Marathon & Shorter swims». Il y en a un pour moi, un pour Jean-Luc et 3 pour la FFN. Ainsi, nous apprenons les subtilités de ce sport.

Par exemple pour le matériel, il ne faut pas prendre n’importe quoi. Pour les lunettes, il existe plusieurs couleurs. Il faut mettre des lunettes teintées marron foncé ou noires lors d’un temps ensoleillé, des lunettes claires en cas de temps couvert, ainsi que le soir ou très tôt le matin et des lunettes bleues en cas de brouillard. Quant au bonnet, il est conseillé de prendre un bonnet noir ou sombre pour attirer la chaleur si l’eau est froide ou s’il fait mauvais temps, sinon de prendre un bonnet blanc ou de couleur claire lorsque la température de l’eau est chaude et élevée. Ce fascicule devient notre livre de chevet et nous permettra d’appréhender cette nouvelle discipline avec quelques connaissances sur le sujet.

14/07/1992

Marathon du Leman de la Suisse à la France (12km)

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Une grande découverte  

Suite à un article paru dans une revue en 1991, j’apprends qu’il existe en Suisse une traversée internationale à la nage d’Evian à Lausanne. En fait, une année c’est la Fédération Suisse de Natation qui organise la traversée d’Evian à Lausanne, et l’autre année, c’est la Fédération Française de Natation (FFN) mais dans l’autre sens. Je m’inscris donc à celle organisée par la FFN. 

J’en parle également à un ami passionné de natation longue distance, qui comme moi travaille à la SNCF. Il s’agit de Jean-Luc, il habite sur Nevers. Il a déjà nagé 24h non-stop et a parcouru 92km dans un bassin de 25m.

 medium_geneve.jpgNous voilà partis, avec nos accompagnateurs, pour Evian. Mon père, toujours présent lorsque j’ai besoin de lui, m’accompagne. Si vous vous demandez pourquoi il faut un accompagnateur pour chaque nageur c’est très simple : parce que lors des épreuves en eau libre de distances supérieures à 10 km, le nageur dispose en règle générale d’une embarcation avec une personne l’accompagnant. Elle a un rôle important à jouer. C’est elle qui est responsable de la sécurité, du guidage et du ravitaillement du nageur. Les bons résultats lors d’une épreuve dépendent en grande partie de la relation et de la compréhension qu’il peut y avoir entre eux. Avec mon père, pas de problème, mais il est aussi néophyte que moi dans ce domaine.

 Une fois sur place, nous apprenons que nous sommes invités par les organisateurs et que l’hébergement est gratuit pour les nageurs et les coachs. Bonne surprise ! D’ailleurs c’est comme ça que cela se passe sur la plupart des marathons et sur le circuit professionnel. « Ah bon ! Il y a un circuit professionnel ? ». « Eh oui ! » tous les nageurs étrangers présents sont au courant et y participent. Nous, nous tombons des nues. Il y a plein d’épreuves dans le monde et nous ne sommes pas au courant. Il faut que l’on s’informe, que l’on prenne des contacts. Les Egyptiens, grands spécialistes de la discipline, nous parlent de traversées en Argentine, au Canada et même chez eux. Ils en profitent pour nous lancer une invitation à participer à la descente du Nil sur 33kms. On va y réfléchir, le Nil, n’est pas très engageant!

 

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La réception au CIO

D’autres français (1 nageur et 4 nageuses) sont là avec des dirigeants de la FFN. Nous apprenons qu’ils désirent organiser pour la première fois, en Ile-de-France, une traversée de 12km. Elle est prévue dans 15 jours à Jablines. Pendant ces trois jours, le groupe de français (dirigeants et nageurs) sympathise. Nous allons nous rendre ensemble à la réception organisée au siège du Comité International Olympique non loin du lieu de départ de la traversée. Nous effectuons la traversée d’Evian à Lausanne à bord d’un bateau navette qui effectue régulièrement la traversée. La ville d’Evian s’éloigne progressivement, je distingue à peine les maisons. Le trajet me paraît interminable et je me dis qu’il va falloir que je le fasse à la nage. Il s’agit là de ma soixantième traversée, mais la plus longue distance que j’ai réalisée à ce jour est un 6 kilomètres. Je commence à douter et me poser des questions. Mais le bateau termine son trajet et me stoppe dans mes cogitations, je dois suivre le groupe vers le quai d’Ouchy et le CIO où nous sommes attendus. Cette réception est en l’honneur des organisateurs, dirigeants et nageurs. Le président du CIO est excusé et après avoir écouté les interminables discours et remerciements, nous passons au cocktail. Le verre à la main, les discussions vont bon train surtout avec les dirigeants de la fédération boostés par le discours. L’épreuve de Jablines est au cœur du débat et il est convenu que cette épreuve devienne le premier championnat de France de natation longue distance (eau libre). La traversée du Léman n’est pas encore passée que déjà, le rendez-vous est pris, à dans 15 jours à Jablines !

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La traversée

La traversée Lausanne – Evian va être m’a première vrai expérience de longue distance. C’est la première fois que je nage une course de plus de 5kms. D’après des conseils de débutants et des « on dit » j’apprends qu’il faut se graisser pour ne pas avoir froid dans l’eau. Je vais donc m’enduire tout le corps de graisse, des pieds jusqu’à la tête. A côté de moi, les nageurs étrangers, ne se graissent que le ventre et les aisselles. Tant pis pour eux s’ils ont froid ! Le départ est donné, suite à mon expérience de Bagnoles, je fais un départ rapide et me situe dans les premiers à la première bouée. Lorsque je rejoins mon bateau accompagnateur, je suis dans les 5 premiers, mais après 12 km … je termine avant-dernier. Que s’est il passé ??? Je suis parti trop vite et je termine à l’arrachée, les épaules dures, presque impossible de les tourner. Une chose est sur, je n’ai pas su gérer ma course. Mais ma plus grosse erreur a été le graissage.

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L’expérience du graissage

L’application de trop de graisse a eu pour effet de boucher les pores ce qui a empêché les déperditions de chaleur. Le fait d’en avoir appliqué sur les épaules a provoqué l’effet inverse attendu. La chaleur engendrée par l’effort musculaire est restée emprisonnée et a entraîné l’asphyxie et une surchauffe des muscles. Les nageurs étrangers étaient dans le vrai. J’aurais dû m’en douter, ils ont plus d’expérience que nous. Je sais maintenant qu’il ne faut pas s’enduire de graisse sur tout le corps mais uniquement sur les parties qui frottent et celles qui ne travaillent pas comme le ventre, les aisselles…

C’est comme cela que l’on apprend et avec d’autres expériences dans le domaine de l’eau libre j’ai appris et encore appris, jusqu’à aujourd’hui encore…