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27/03/2006

Mes déboires en triathlon

Dans les années 80, j’arrête de nager en compétition. Faire des longueurs dans une piscine ne me motive plus, malgré mes participations en équipe de France de natation espoir (en 1979) et junior (en 1980) sur 400m, 1500m et 400m 4 nages. D’ailleurs, il faut que je me consacre à mes études. Seulement j’ai besoin de faire du sport. Je passe le début des années 80 à m’essayer dans différentes disciplines sportives mais non aquatiques. Il y a le judo (où j’obtiendrai la ceinture noire) et il y a le football américain avec le premier club en dehors de Paris que je crée à Canet en 1983 : Les « Gladiateurs Catalans ». Mais l’eau me manque et l’été je n’hésite pas à remettre mon maillot, bien ficelé, pour participer aux différentes traversées en Languedoc-Roussillon. Lorsque l’on habite une région au bord de la Méditerranée, il y a de quoi faire : Collioure, Canet, Le Barcarès, Port la Nouvelle, Narbonne, Fleury, Sète… Certaines font même partie d’un circuit de traversées en France. Les prémices d’une coupe de France d’eau libre avant l’heure. En 1985, « ARENA » et la FFN créent un « Tour de France Aréna des Traversées » dont le but est de développer et d’aider les organisations locales dans la mise en place de leurs traversées à la nage.

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Un challenge national est décerné au premier nageur et à la première nageuse ayant totalisé le plus de points sur l’ensemble des dix épreuves que comprend ce circuit. Les organisateurs locaux gardent leur autonomie et sont seuls juges du bon déroulement de l’épreuve.

Les résultats définitifs sont publiés à l’issue du tour, et les vainqueurs de chaque catégorie sont invités à participer à la traversée de la Martinique ou de la Guadeloupe. De quoi attirer les foules ! Malheureusement, cette opération n’a pas eu le succès escompté et a disparu à sa troisième édition. La raison peut en être attribuée au succès grandissant du triathlon ces années-là.

 Cette vague sportive (nage, vélo, course) venue d’Hawaii, s'étend sur la France avec le triathlon de Nice en 1982. Des images « chocs » diffusées sur Antenne 2 révèlent ce sport au grand public mais aussi au sportif que je suis. Je pense alors que ce sport d’endurance doit parfaitement me convenir et que je vais peut-être obtenir de bons résultats. « Nager », il n’y a pas de problème, c’est ma spécialité. « Courir », je dois m’en sortir, je fais souvent des footings avec le football américain et il m’arrive de participer à des courses sur route. Il n’y a que « pédaler », qui reste une inconnue pour moi mais cela ne doit pas être bien sorcier. Quelle erreur ! Ou plutôt quelle horreur ! Ce n’est pas parce que je vais chercher le pain à la boulangerie tous les week-ends avec mon vélo que le cyclisme est aussi facile.

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Tout a débuté avec le « Triathlon de la Côte des Roses » à Narbonne. Un triathlon de catégorie B, comme ils disent : 1.5km de natation, 68km de vélo et 18km en courant. Un ami narbonnais, à l’aise en vélo, me dit qu’il y a une côte assez dure à monter dans les premiers kilomètres et qu’il vaut mieux que je l’essaie avant. Avec mes parents, toujours fidèles pour m’accompagner dans mes aventures, nous prenons dans le garage le vélo qui me sert pour aller à la boulangerie et nous voilà partis pour Narbonne et sa fameuse côte. Mon vélo, complètement inadapté me lâche. Très vite, je déraille à répétition. Impossible dans ces conditions d’attaquer la montée. Me voilà beau, j’ai mon premier triathlon dans une semaine et je n’ai pas de vélo. Je cours dans la première grande surface pour m’acheter un vélo de course. Là, ravi de ma nouvelle acquisition, je repars très motivé sur Narbonne pour l’essayer. J’effectue les cinq premiers kilomètres de plat à l’aise et plus vite qu’avec mon ancien vélo. Très optimiste, je m’imagine déjà sur un podium. Mais au moment d’attaquer la côte, patatras !!! Je casse la pédale de mon nouveau vélo. Trop de puissance ou mauvais matériel ? Il ne me reste plus que 3 jours et je n’ai toujours pas attaqué cette maudite montée, à part deux fois, en voiture. Heureusement, le grand magasin accepte de changer le vélo sans soucis. Pendant ces 3 jours, je me motive et prépare avec soin mon nouveau matériel. Je fais déjà des plans. Sur le papier, du moins sur mon papier, je compte nager en moins de 20mn, pédaler en moins de 2h00 et courir 1h20. En 3h30 je finirai bien dans les premiers… C’est enfin le grand jour. Mes parents m’accompagnent, ils ne veulent pas rater le spectacle puisqu’ils m’ont toujours suivi lors de mes aventures sportives. Dans le parc à vélo nous sommes plus d’une centaine de concurrents à nous installer et les conversations vont bon train : D’où tu viens ? C’est quoi ta spécialité ? T’as pris quoi en ravitaillement ? Tu sais l’eau est à 14°, t’as pas de combi ? Non pourquoi ? J’apprends qu’en triathlon, la combinaison est autorisée. A l’exception d’une dizaine d’athloniens, car nous ne savons pas encore si nous finirons la première épreuve, tous les concurrents sont équipés d’une combinaison. L’avantage c’est que l’on me repère facilement sur la ligne de départ.

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 C’est parti. Je m’élance pour mon premier triathlon. L’eau est vraiment froide, mes pulsations montent à 200 et je viens tout juste de commencer à nager ! J’ai du mal à respirer, tout mon corps est crispé. J’ai l’impression d’avoir la tête dans un étau, un peu comme lorsque l’on mange une glace trop vite. L’envie d’abonner m’effleure l’esprit. Mais après quelques minutes passées dans cette eau glaciale, mon corps s’habitue ou alors il est complètement anesthésié. C’est presque la fin de l’épreuve de nage et je suis de plus en plus gelé, priant pour que je termine cette épreuve qui est ma spécialité. Je sors enfin de l’eau dans les cinq premiers. Devant moi, aucun nageur que je connais. D’où sortent-ils ? Est-ce l’effet combi ? Sur l’aire de transition, je suis incapable de me sécher et d’enfiler mes habits. Je grelotte et claque des dents. Tant bien que mal et je ne sais par quelle force, je me retrouve sur le vélo. Je passe mes 5 premiers kilomètres à faire des zigzags de droite à gauche de la route tellement j’ai froid. Voici enfin la montée fatale, 10 kilomètres de côte. Je viens de récupérer une température corporelle décente. A la vitesse d’un homme au pas, je réussis à franchir la montée alors que de nombreux concurrents me sont passés devant. J’ai l’impression qu’ils ont un moteur. En haut de la montée, il fait 30° à l’ombre, une fournaise. Heureusement, je suis parti avec deux gourdes pleines d’eau qui vont me permettre de compenser les litres de sueur. Tant bien que mal, je termine mon épreuve de vélo. Je n’ai plus d’illusion, une place dans les 10 premiers, ce n’est plus la peine d’y penser : il faut que j’évite une place dans les 10 derniers. Heureusement, je suis bien entraîné en course à pied. Mais comment courir 18km, lorsque l’on tient à peine debout ? Mon père me suit en vélo et m’encourage, je n’en peux plus tant il fait chaud. Je ne rêve que d’une chose, retourner à l’eau, même glacée. A chaque ravitaillement on me présente des éponges sorties d’une énorme poubelle remplie d’eau. Mais l’éponge ne suffit pas, je plonge complètement mon corps dans ces poubelles salvatrices. Mon organisme se remet enfin d’aplomb et je termine les 2 derniers kilomètres comme si rien ne s’était passé auparavant. Les 3h30 prévisionnels sur mon papier ont fait place aux 4h35mn bien réels. Je termine 1h10 après le premier en 102ème position sur les 175 arrivants. Mais c’est promis, terminé on ne m’y reprendra plus…

L’œuvre du temps fait que je m’inscris dans un club de triathlon « l’Amicale Sportive Triathlon Catalan » L’année suivante je participe au premier triathlon de l’année à la Grande-Motte. Comme j’en ai déduit que j’étais nul en vélo, au lieu de me remettre en question, je me suis dis, que c’était la faute du matériel. Tirant enseignement de cette première expérience, je me suis donc acheté un nouveau vélo et pas des moindre, un fait sur mesure pour moi.

Quant à mon épreuve favorite, sur 1500m en piscine je mets 700m dans la vue d’un nageur du club. Dès qu’il met sa combinaison dans le bassin, je ne le bâts plus que de 200m. C’est sûr que dit comme ça c’est tentant. J’ai alors également investi dans une combinaison. Mais la suite est totalement différente.

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A la Grande-Motte, une quinzaine de minutes avant le départ, j’enfile ma combinaison de plongée. Je souris même en voyant les quelques triathlètes néophytes en maillot de bain. Mais je vais vite le regretter. Sans n’avoir fait encore aucun effort, je sue à grosses gouttes dans cette combinaison. Le départ est à peine donné et je suis déjà épuisé avant même d’avoir mis les pieds dans l’eau. Les 100 mètres de course à pied pour rejoindre la mer sont un enfer. Je n’avais jamais couru avec une combinaison, c’est l’horreur !! Je suis déjà à 200 de pulsations. Il ne me tarde qu’une chose, c’est de plonger pour trouver un peu de fraîcheur. Une fois dans l’eau je revis, mais pas pour longtemps, car je n’ai jamais nagé avec une combi non plus. Elle me fait flotter comme un bouchon de liège et je perds tous mes appuis : je ne sais plus nager ! Mes jambes et mes bras se retrouvent à la surface de l’eau et je nage avec une lenteur proportionnelle à l’épaisseur du caoutchouc. C’est horrible, je sors à peine dans les dix premiers. Celui qui m’a inspiré cette combinaison, sort à peine quelques mètres derrière moi. A partir de ce jour-là, c’est promis, je ne mettrais plus jamais de combinaison. Tant pis si l’eau est froide. Le reste de la course en devient banal, je me fais toujours autant doubler en vélo malgré mes progrès en équipement et j’en redouble quelques-uns en course à pied. C’est d’ailleurs à cause du vélo ou de mon incompétence dans ce domaine que je vais arrêter ce sport. Après quatre années de progrès notoires, j’attaque le triathlon de Sète pour essayer de terminer dans les quinze premiers. Je sors de l’eau en tête, et après des soucis mécaniques au parc à vélo, je déraille à plusieurs reprises, je me retrouve alors à la sortie du parc en milieu de classement. Après encore quelques déboires, je termine mon parcours vélo bon dernier. Je crois que je n’ai même pas fait l’épreuve de course. Arrivé à la maison, le vélo a filé directement au grenier. Le triathlon c’est terminé pour moi, nous sommes en 1989.

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