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29/05/2006

History of Open Water Marathon Swimming (livre)

medium_dscf1488.jpgHistory of Open-Water Marathon Swimming : Capt. Tim Johnson, P.E.

C’est un livre complet sur la natation marathon. Il y a des infos, des commentaires et des résultats sur tous les plus grands marathons dans le monde. Il y a même des références de sites internet.
Oh surprise ! Je figure à deux reprises dans ce livre :
- page 211 : pour le tour de Manhattan « The lead swimmer, Jacques Tuset, age 41 from France, was in the Hudson River when the National Weather Service predicted severe weather as imminent…. No winner was declared because not all the swimmers started at the same time »
- page 350 : sur la liste des nageurs ayant traversé le détroit de Gibraltar.

26/05/2006

Dover Solo (livre)

medium_dscf1481.jpgDover Solo (Swimming the English Channel) : Marcia Cleveland


C’est le récit d’une nageuse ayant traversé la Manche en 1993. Dans ce livre, elle raconte toute sa préparation ainsi que sa traversée. C’est le livre idéal pour toute personne désirant s’aventurer dans La Manche. Il fût mon livre de chevet en 2002.

22/05/2006

Open Water Swimming (livre)

medium_dscf1486.jpgOpen water swimming : Penny Lee Dean

C’est un livre incontournable et complet pour tous les nageurs en eau libre, les triathlètes et leurs entraîneurs. Il a été écrit par une grande championne américaine qui a détenu pendant plusieurs années le record de la traversée de la Manche. Elle est également entraîneur de l’équipe nationale américaine d’eau libre. Dans ce livre sont traitées les techniques spécifiques liées à la natation en milieu naturel ainsi qu’une programmation d’entraînement selon les distances envisagées.

05/05/2006

Rescue 2006 masters en Australie

Il s’agit des championnats du monde de sauvetage. Il y a trois types de compétitions avec des épreuves en piscine et en mer : Masters, Nations et Interclubs. L’Australie, pour les passionnés de sauvetage, c’est un peu la « Mecque » de ce sport. Avec Sébastien et Ronan d’Aqualove, nous décidons d’être du voyage. C’est dans la catégorie « Masters » (plus de 30 ans) que je vais participer, aussi bien en piscine qu’en mer. Il s’agit de la catégorie des vétérans, rebaptisée en français : «les Maîtres ». La catégorie dans laquelle on nage dépend de notre année de naissance. 

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Après un long trajet de 24 heures et une escale à Singapour, nous voilà arrivés à Melbourne. Pas le temps de faire les touristes, nous embarquons dans la navette qui nous conduit à Geelong, lieu où se déroulent les épreuves de piscine. A peine installé dans mon hôtel, il faut que je me rende au complexe sportif pour assister au briefing et confirmer ma participation aux différentes épreuves. Je débute très tôt le lendemain sur l’épreuve du 200 mètres obstacle. Cette épreuve simule le passage d'obstacles par le sauveteur lors de la recherche d'une personne en détresse en un minimum de temps. Sur un bassin de 50 mètres il y a deux obstacles de 70cm de profondeur placés à 12m50 de part et d’autre du bord. Après le pointage de la veille, nous ne sommes plus que huit nageurs, tous vêtus d’une combi de natation, à prendre le départ dans ma catégorie.

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Eh oui ! J’ai décidé de mettre pour une fois cette fameuse combi qui permet une meilleure glisse et d’avoir un meilleur gainage. Avant nous étions obligés de nous raser pour obtenir cette sensation. Il paraît que l’on gagne pas mal de secondes et comme il s’agit d’un championnat du monde, j’ai décidé de mettre toutes les chances de mon côté. Au bout de 50 mètres je suis dans le groupe qui vire en tête. A mi parcours, je suis en seconde position. C’est génial, si je ne craque pas, je serais sur le podium d’un championnat du monde, même s’il n’est que « master ». Dans la troisième longueur le nageur de tête commence à faiblir et au 150 mètres nous virons ensemble. Dans la dernière longueur, je vais donner toute l’énergie qu’il me reste, malgré la fatigue du voyage.

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Oh, joie ! A l’arrivée je termine premier. Je mets moins de cinq seconde par rapport à mon dernier temps sur la même épreuve et je suis même à une seconde du record du monde dans ma catégorie. C’est quand même incroyable l’effet de ces combinaisons ! L’instant est magique et je savoure ma première place en montant sur le podium.

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Le lendemain, je participe à ma 2ème épreuve en piscine : le 100m mannequin-palmes. Cette épreuve permet au sauveteur d'agir plus vite lors de la recherche de la personne en détresse grâce à un équipement supplémentaire : des palmes de 65cm sur 30cm maxi. Le sauveteur doit effectuer 50m en nage libre avec ses palmes puis plonger vers le mannequin placé entre 1m80 et 3m de profondeur, le remonter et le remorquer sur 50m. Nager vite avec les palmes n’est pas mon fort, je suis plutôt habitué à nager avec, mais sur de longue distance. Je prends le départ de cette épreuve sans trop d’espoir pour terminer, suite à quelques disqualifications, à une incroyable 3ème place !

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Entre les épreuves de piscine et celles de côtier, je vais en profiter pour visiter les alentours. Au programme, une balade à Melbourne avec mes amis d’Aqualove et une journée en mer à la rencontre de la faune marine. 

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Les championnats du monde master ne sont pas terminés pour autant. Il reste encore les épreuves de côtier et je peux peut être renouveler ma performance réalisée en piscine. Mais là, c’est une autre paire de manche. Les Australiens sont beaucoup plus nombreux. Le côtier c’est leur domaine. D’autant plus que l’épreuve de nage qui fait 300 mètres ressemble plus à un course - nage - course. En effet, la marée basse nous oblige à courir pratiquement pendant 100 mètres avant de pouvoir réellement nager. 

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La distance de nage se retrouvant de ce fait réduite. A ce petit jeu, où la course à pied n’est vraiment pas mon fort, les autres compétiteurs atteignent les vagues bien avant moi. C’est là où l’on s’aperçoit que ce sport est complet et ne faire que nager ne suffit pas, il faut s’entraîner aussi en course à pied. Maintenant, il ne me reste plus qu’à faire un effort considérable pour remonter mes prédécesseurs. Mais je n’en ai pas beaucoup le temps, il faut déjà se remettre à courir dans trente centimètres d’eau pour rejoindre la plage et la ligne d’arrivée. Je termine un peu déçu à la 5ème place. Dans le camp français on y croyait, mais les australiens sont meilleurs. 

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La soirée se termine comme dans une célèbre bande dessinée, tous autour d’un barbecue organisé par le club d’Hossegor. Autour du feu, il y des australiens, des canadiens, des belges et les français des clubs de Biarritz, Hossegor, Aqualove, Fronton, Bègles et Sète. Super ambiance ! Au menu, bières australiennes, grillades de Kangourou et frites.

 

La revue de presse de ces championnats du monde

03/05/2006

Journée en mer dans la baie de Port Philip en Australie

Au cours des championnats du monde de sauvetage près de Melbourne en Australie, entre les épreuves de piscine et celles de côtier nous en profitons, avec les sauveteurs d’Aqualove et de Sète, pour nous éclipser et nous rendre à Queenscliff, un tout petit « village » à 20 minutes de Geelong d’où partent des excursions en mer.

Lorsque nous arrivons à la station balnéaire appréciée pour ses brises marines, son port de plaisance et ses grands hôtels, il n’y a personne au rendez-vous. Il faut dire que le temps ne s’y prête pas, il pleuviote. Nous nous retrouvons face à des bateaux et sur l’un d’entre eux une pancarte avec un nom et un numéro de téléphone. Nous avons de la chance de pouvoir les joindre et 15 minutes plus tard un homme d’un certain âge arrive et nous explique que nous pourrons débuter notre croisière dès que son associé nous aura rejoints. Enfin à bord de notre superbe bateau, nous allons effectuer la visite de la baie de port Philip avant d’enchaîner pour une matinée de bonheur.

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Notre pilote nous fait remplir un questionnaire, pour savoir si nous sommes capables de nager au moins 25 mètres, ou encore si nous avons déjà pratiqué du « snorkeling » (nage avec masque et tuba). Une fois cette assurance obtenue, nous nous dirigeons vers notre première destination : une plateforme remplie de « phoques ». Lorsque nous nous approchons de la plateforme, le beau temps nous rejoint et nous commençons à nous équiper. Nous enfilons une combinaison et des palmes. Pendant ce temps, l’associé du pilote nous donne les dernières recommandations : ne pas s’approcher trop prés de la plateforme, ne pas essayer de caresser les phoques et éviter les gestes brusques sous peine de se faire « attraper et mordre ». Plus nous nous approchons de la plateforme et plus une odeur nauséabonde nous écœure, un mélange de poissons pourris et de viande séchée au soleil. Mais c’est bon signe, cela veut dire qu’ils sont bien là. Une trentaine de phoques se pavanent au soleil avec leurs petits tandis que d’autres nagent gracieusement dans l’eau. Nous nous approchons à une dizaine de mètres de la plateforme et nous nous jetons à l’eau.

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Une fois plongés dans l’eau bleue claire et transparente, armés de nos masques, tubas et appareil photos aquatiques, nous contemplons ces créatures qui s’approchent de nous méfiants et en même tant très curieux. Les plus jeunes se mettent à l'eau et nous montrent leurs prouesses ! Nous assistons à un balai aquatique dans lequel nous sommes également acteurs. Nous n'avons pas leur agilité mais nous faisons de notre mieux pour mimer leurs gestes et ainsi prolonger le contact. C’est incroyable la facilité et la précision qu’ils ont à nager dans l’eau alors qu’ils sont aussi « lourds » sur terre. Nous sommes sous le charme de cette rencontre et le temps passe trop rapidement à notre goût mais la matinée n’est pas finie. Il nous faut retourner sur le bateau. Avant de monter, l’accompagnateur nous demande de rester dans l’eau et de nous accrocher à l’arrière du bateau. Le pilote du bateau mais les moteurs à fond, et nous voilà, à nous tenir à la force des bras….c’est rigolo et la sensation fort agréable. A si je pouvais nager aussi vite !!!

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Après nous être tous remis de nos émotions, nous remontons sur le bateau, où nous attends une petite collation préparés par nos hôtes : petits gâteaux, fruits frais, chocolats, thé, café….

Nous faisons route vers notre deuxième destination : les dauphins. N’étant pas élevé en captivité, rejoindre les dauphins est chose difficile. C’est au « petit bonheur la chance ».

Nos accompagnateurs se munissent de jumelles et commencent à scruter l’horizon. Soudain, nous apercevons un aileron puis deux et enfin trois. La joie est à son comble, tous munis de nos appareils photos, nous essayons tant bien que mal de les photographier. Un dauphin nage devant la proue du bateau, c’est magique… Notre pilote et son coéquipier nous demandent de plonger dans l’eau et de regarder.  074.JPG

Ils sont à quelques mètres de nous, quelques centimètres, on peut presque les toucher. Mais ils sont encore avant tout sauvages et évoluent dans leur milieu naturel, en deux coups de queue, ils sont déjà loin. Cela reste malgré tout un moment fantastique, même si il est vrai que nous aurions aimé les toucher et jouer avec eux. C’est déjà très bien de les avoir aperçus d’aussi près mais comparé à l’instant magique que j’ai vécu lors de mon séjour à Hawaii, je reste un peu sur ma fin…

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Enfin pour terminer nous allons découvrir les fonds marins et les poissons. Nous nous dirigeons alors vers le site où se rejoignent la baie de Port Phillip et l’Océan. Il y a beaucoup de courants et de vagues, il parait que c’est le paradis des surfeurs. Notre plongée s’effectue au milieu d’algues géantes où nous apercevons de temps à autre quelques espèces différentes de poissons. C’est une expérience merveilleuse dans un endroit merveilleux. Nous en profitons pour faire quelques plongeons du bateau et nager un petit peu. On ne sait jamais, quelques dauphins pourraient peut être nous rejoindre… La promenade touche à sa fin et nous rentrons au port avec des rêves et des souvenirs plein la tête.

Catalina Channel, un raid à vite oublier…

La Catalina Channel est la version américaine de la traversée de la Manche. Elle se nage entre l’île de Santa Catalina et Los Angeles en Californie, États-Unis. La distance la plus courte est de 33,7 K (21 milles) de la plage dite de Doctor's Cove sur l’île de Santa Catalina à la péninsule de San Pedro.

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Au niveau des difficultés rencontrées, la Catalina Channel est comparable en tout point avec la traversée de la Manche : eau froide (surtout près des côtes), de forts courants, des vents violents… mais également la possibilité de croiser une vie marine agressive (migration de baleines, grands troupeaux de dauphins et possibilité de présence de requins…)

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La première réussite de la traversée a eu lieu en 1927. Un riche homme d’affaire américain, William Wrigley Junior, grand producteur de chewing-gum et propriétaire de l’île, séduit par l’exploit de la nageuse américaine Gertrude Ederlé dans la traversée de la Manche en 1926, décide d’organiser une traversée afin de promouvoir son île. Une récompense de 25000$ est proposée au vainqueur. Le Canadien George Young remporte le « Wrigley océan Marathon » à la nage en 15 heures 44 minutes. Depuis ce jour, 199 nageurs ont réussi cette traversée.

Elle fait parti des 7 plus grands raids de natation en eau libre dans le monde (Ocean’s Seven).

Samedi 7 juillet, Cathy et moi avons rendez-vous à 20h15 à la Marina de San Pedro (USA) pour retrouver tous ceux qui vont nous accompagner et nous assister lors de notre tentative de traversée du détroit de Catalina au large de Los Angeles.

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Lorsque nous embarquons sur nos bateaux respectifs, l’ambiance est plutôt au beau fixe et nous en profitons pour faire quelques photos-souvenir. A bord de mon bateau accompagnateur, il y a Fabienne mon épouse pour me ravitailler, Beth et Paul pour me suivre en kayak, Natalie et Mickael comme observateurs de l’association qui valide la traversée puis John le capitaine et ses 3 assistants pour piloter le bateau.

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Nous quittons la Marina sur le coup des 21h et traversons à vitesse réduite le port de San Pedro. Le bateau de Cathy est déjà parti depuis une bonne demi-heure. Natalie me lit le règlement de la traversée et les principes de sécurité à respecter. En chemin, sur des bouées ancrées, se reposent des phoques qui laissent penser que l’eau va être froide comme nous l’avions constaté la veille lors de notre dernière séance d’entraînement.

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Sur la plage, le thermomètre affichait selon les endroits entre 10 et 14°C. Lorsque nous atteignons le phare signalant la sortie du port, le bateau augmente sa vitesse et nous commençons à être secoués de tous côtés. La mer annoncée calme affiche en fait des creux de plus d’un mètre. La plupart des gens sur le bateau sont partis se reposer car la nuit s’annonce longue. Mon épouse, quant à elle, souffre déjà du mal de mer et commence à ravitailler…les poissons.

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Après 2h30 de traversée éprouvante (vous avez déjà passé 2h dans un tambour de machine ?) nous arrivons à proximité d’une toute petite plage très peu visible pour cause d'obscurité totale. Le bateau de Cathy est déjà en place, Bernard son mari commence à la graisser et Hervé, leur ami de longue date, est déjà dans l’eau sur un kayak. Sur mon bateau on sent déjà de la démotivation. Beth qui doit m’accompagner en Kayak ne se sent pas d’attaque pour me suivre avec ces conditions de vagues. Fabienne ne se sent plus capable de me ravitailler. Les observateurs ne sont pas chauds non plus car déjà pris par le mal de mer. Le pilote m’informe que normalement on part de nuit car les conditions sont bonnes mais là ce n’est pas le cas. Il y a des vagues d’un mètre environ mais cela ne devrait pas empirer. Seul problème c’est que si nous ne partons pas cette nuit, nous ne le feront jamais car pour les jours suivants, les courants ne sont plus favorables. Au moment où nous devons prendre une décision (qui tend vers l'annulation de la course) et à la surprise générale de mon équipage, Cathy s’élance de son bateau et débute sa traversée. La donne a changé et maintenant plus personne ne s’oppose à me faire prendre le départ de ce raid pour lequel je me prépare depuis des mois.

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C’est l’ami de Beth qui m’accompagnera en kayak pendant la nuit, les vagues ne le dérangent pas mais on ne sent pas une très grande motivation de sa part. Beth quant à elle, se propose gentiment de me ravitailler à la place de Fabienne blanche comme un cachet d’aspirine et vidée de toutes ses tripes. Habituellement, on m’aide pour me graisser, mais là il faut que je me débrouille tout seul. Je ne peux pas faire impasse sur la graisse, vu la température de l’eau constatée les jours précédents. Muni de mes gants chirurgicaux pour éviter de mettre de la graisse sur les mains et ballotté au gré des vagues, je me contorsionne dans tous les sens afin de pouvoir me l’appliquer de partout en évitant d’en mettre sur les épaules.

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Après avoir accroché une lumière clignotante et un stick lumineux à mon maillot, je me jette à l’eau une trentaine de minutes après Cathy et rejoins la plage de départ au milieu des innombrables algues qui m’enlève une partie de la graisse. Mais l’eau à ma grande surprise est à 20°C !!! Là dans ma tête je me dis : « à 14°C, c’est une température idéale pour les phoques, mais à 20°C, c’est une température idéale pour…les requins ! » Surtout qu’il paraît que non loin de là, à Santa Barbara, rôdent des requins blancs qui aiment cette température. Les mêmes que dans « Les dents de la mer »... :-(  Dans ces cas là, on se dit que généralement, le requin n’attaque pas l’homme et que le kayak et les gens sur le bateau sont là pour veiller… Enfin je m’élance à 00h09 depuis la petite plage caillouteuse qui symbolise le départ. Après deux pas dans l’eau, je m’écroule dans 20 cm d’eau seulement  après avoir trébuché sur une grosse pierre. Ça commence bien !!! Heureusement, pas de dégâts. J’attaque mes premiers mouvements de bras la tête hors de l’eau pour nager au dessus des algues, les projecteurs du bateau en pleine figure. Après une cinquantaine de mètres, je rejoins mon Kayak et le bateau pour commencer mon raid nocturne. Dans l’eau, c’est le noir total, mes bras font des petites bulles vertes éclairées par la lumière de mon stick lumineux. Sur ma droite, le kayak éclairé par 3 sticks, rame paisiblement. Sur ma gauche, le bateau me casse les vagues mais m’envoie ses odeurs de fuel. Un bon coup d’éclairage de lampe torche m’annonce que je suis trop près du bateau et qu’il faut que je m’écarte. En plus cela m’évitera d’avoir les odeurs. Après 30’, c’est l’heure de mon premier ravitaillement, j’ai un peu de mal à l’absorber car un peu nauséeux suites aux gaz du bateau. Les ravitaillements suivants (du liquide  énergétique toutes les demi-heures), auront du mal à passer. Sur le bateau, il n’y a que Beth et les pilotes qui sont opérationnels, les autres sont allés se coucher ou vomir. Dans l’eau je distingue des formes gélatineuses et dès la première heure je commence à être piqué sur les bras et les épaules. La douleur n’est pas très forte, mais désagréable. Elle s’atténue au bout de quelques minutes. Devant moi, j’aperçois que je me rapproche du bateau de Cathy. La motivation me revient en me disant que lorsque je serai à côté d’elle, comme la température de l’eau est bonne, je nagerai à sa vitesse pour faire le chemin ensemble jusqu’au levé du soleil. Cela me permettra d’avoir son bateau, son kayak et Bernard pour nous encourager et assurer une plus grande sécurité. Au bout de 2h30 de nage, je distingue son bateau à une centaine de mètres de moi seulement, je me dirige dans sa direction tout content. Malheureusement, à chaque fois que je lève la tête je m’aperçois qu’il s’éloigne. Que se passe-t-il ? Je sors la tête, regarde tout autour de moi et interroge mon bateau, mais personne n’est capable de me dire ce qu’il se passe. En fin de compte Cathy vient d’abandonner au bout de 3h de nage atteinte de maux de ventre, de piqures de méduses et de difficultés à se ravitailler. Son bateau l’a ramenée directement au port après que son kayakiste soit tombé à l'eau ! Le trajet du départ qui nous a conduit de San Pedro à Catalina lui a été fatal. Pour moi c’est un coup au moral !

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Je me retrouve au milieu du Détroit avec un kayakiste pas très motivé, un bateau quasi-fantôme, des méduses et d’éventuels requins… J'ai l'habitude de dire qu'une traversée se fait 75% dans la tête et 25% dans les bras : là, je suis passé d’un coup à 90% dans la tête. Les bras qu’en a eux, heureusement,  vont bien. Ils tournent toujours à 66 mouvements par minutes, mais après 3h de nage et 12000 mouvements de bras, on m’informe que le kayakiste est fatigué et qu’il s’arrête pour aller se reposer me laissant seul face à mon destin. Je viens de passer à 99% dans la tête pour tenir le coup. Après 4h de nage l’épaule droite commence à me jouer des tours mais rien de grave, j’en ai connu d’autres. Puis cela va être la goutte qui fait déborder Catalina : je me retrouve l’espace d’un instant seul dans le noir à une cinquantaine de mètres de mon bateau. A ce moment, j’estime que je ne suis plus du tout en sécurité et que ma vie dans ce milieu inconnu est en danger. Pour comparer, j’ai l’impression de me retrouver comme un coureur qui fait un 100km dans la savane de nuit avec pour seule sécurité une voiture roulant à 50m de lui et dont les passagers sont endormis. Je ne donne pas cher de sa peau. C’est un peu ce que j’ai ressenti à ce moment là. Lorsqu’au bout de 4h40, j’annonce que je vais arrêter, personne n’essaie de m’encourager et de me motiver à continuer, j’ai l’impression que cela fait plaisir à tout le monde.

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La mort dans l’âme et peu fatigué je remonte à bord du bateau. Je viens de prendre un coup au moral, mais jamais je n’avais vécu des conditions d’accompagnements semblables auparavant. Sur le retour au port, personne ne viendra me voir pour savoir comment je vais à l’exception de mon épouse. Les observateurs n’ont rien noté.

Au final, une traversée à vite oublier … pour déjà se consacrer à notre prochain défi à Cathy et moi fin août !!

 

 

01/05/2006

Hossegor : championnat de France de sauvetage 2005

Lors de la foire aux associations de 2004 à Montpellier, je remarque un stand avec une planche de sauvetage exposée en décoration. Ce matériel, je l’ai déjà vu lors de ma traversée à Sydney en 1995. Il s’agit de la planche qu’utilisent les « Lifeguards » Australiens (maîtres nageurs au bord des plages) pour sauver des vies au milieu des grosses vagues. Ils en ont fait un sport populaire le Surf Life Saving, traduisez Sauvetage Côtier. Comme j’avais été séduit par ce sport lors de mon séjour, je n’hésite pas à me renseigner. Les responsables, Sébastien, Aurélie et Ronan, sont jeunes et dynamiques et vienne tout juste de créer le club au nom d’« Aqualove sauvetage ». En plus du sauvetage côtier, ce club propose des formations BNSSA, AFPS et surveillant de baignade. Il offre des activités aquatiques comme les bébés nageurs, les cours de natation et d’aquagym. Le sauvetage sportif se caractérise par deux spécialités : le sauvetage "eau plate" (épreuves qui se déroulent en piscine) et le sauvetage "côtier" (épreuves qui se déroulent en océan et sur sable). On y pratique la nage, la planche de sauvetage (paddleboard), le surf ski (kayak), la course, du remorquage de mannequin, des courses avec palmes. C'est un sport complet qui se pratique toute l’année. La semaine qui suit la foire aux associations, j’assiste aux premiers entraînements à Palavas en plage. Très vite, je n’ai pas hésité une seconde à m’inscrire à ce club. Nager en mer ne me pose pas de problème, mais là où cela commence à se corser, c’est lorsqu’il faut que je monte sur un kayak et sur une planche. Je passe plus de temps à tomber dans l’eau qu’à m’entraîner sur le matériel. Par contre, par la force des choses, je deviens très rapide, surtout pendant les entraînements d’hiver, pour me remettre dessus afin de tenter d’y arriver ! Petit à petit, je vais apprendre à mieux me positionner et me stabiliser. Je progresse lentement mais sûrement. Il est temps de tenter une compétition.

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A l’automne 2005, avec les sauveteurs d’« Aqualove », nous prenons la direction de, l’océan et plus exactement de la plage d’Hossegor pour participer aux championnats de France interclubs et individuels de sauvetage côtier. Nous sommes tous très motivés et espérons faire de bons résultats. Pas encore très au point en planche et en kayak et très mauvais en sprint sur le sable, je décide de faire l’impasse sur ces épreuves et de me consacrer aux différentes épreuves de nage et de relais. Mon objectif : terminer dans les huit premiers de la nage et cela rapporterait des points au club. Pour cette épreuve, les sauveteurs partent de la plage, courent quelques mètres et plongent dans les vagues. Ensuite il faut effectuer un parcours de nage d’environ 300 à 400 mètres en contournant deux bouées correspondantes à l'épreuve et revenir sur la plage pour franchir la ligne d'arrivée. Durant les trois jours de compétitions, un vent d’Espagne nous apporte un air doux. En plein mois de novembre, c’est l’été indien… A Hossegor c’est, dit-on, le « Vent qui rend fou »… C’est avec ce grain de folie que nous allons vivre ces championnats. 22 clubs… 230 compétiteurs sont présents. Le niveau est très haut, de nombreux sauveteurs sont venus chercher une sélection en Equipe de France. J’attaque ma série qualificative pour l’épreuve de nage sans vraiment connaître mes adversaires. Je sais qu’il y a d’excellents nageurs dont le champion et recordman du monde de sauvetage en piscine et je sais aussi que je suis le plus vieux à participer ! Les vingt-quatre premiers sont sélectionnés pour la finale. Je remplis le contrat en terminant en 4ème position avec un sérieux espoir de remplir mon objectif en final. Au club d’Aqualove, il y a un vrai esprit d'équipe qui permet de se surpasser dans l'effort. Et c’est ce qui va m’arriver lors de la finale. Une finale à suspens…

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Nous sommes 48 compétiteurs alignés sur la plage. En fonction du résultat des séries, je me retrouve avec sept nageurs meilleurs que moi sur ma droite, et les autres sur ma gauche. Nous allons devoir contourner les deux bouées amarrées au large, dans le sens des aiguilles d’une montre. La mer est peu agitée mais avec des vagues assez hautes qui se brisent au bord. Le départ est donné et après quinze mètres de descente dans le sable, je me retrouve déjà à la traîne. Une grosse vague de bord arrive et avant qu’elle ne se brise, je plonge et la traverse comme une torpille. Je me retrouve à la hauteur des premiers. Là, fort de mes expériences passées, je vérifie régulièrement mon orientation en repérant la bouée de contournement à chaque fois que je suis en haut de la vague. Comme je l’ai déjà dit auparavant, dans le creux cela ne sert à rien de tenter de se repérer. Soudain, les nageurs situés sur ma droite commencent à dériver vers la deuxième bouée de droite, ils ne sont plus dans l’axe. Oups !!! Une petite vérification en haut de la prochaine vague : je suis bien sur la bonne trajectoire, je ne change rien. J’arrive sur la première bouée en tête. Les meilleurs, après avoir constaté leur erreur, reviennent sur la bonne bouée, mais j’ai déjà pris pas mal d’avance. Une cinquantaine de mètres plus tard, à la seconde bouée, je vire toujours en tête. C’est maintenant la dernière ligne droite. Je peux peut-être réussir à faire un bon résultat. Dix mètres après avoir contourné la deuxième bouée, je suis rattrapé par l’homme des records mondiaux en sauvetage piscine. Il faut que je m’accroche et que je reste sur son côté gauche pour prendre la vague qu’il crée en nageant. C’est l’avantage de l’eau libre, il n’y a pas de ligne d’eau pour nous séparer et on peut utiliser toutes les forces en présence.

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Il ne faut surtout pas que je lâche sa vague, si j’arrive à le tenir, je suis sûr de monter sur le podium. Je vais y mettre toute mon énergie et rester à côté de lui dans un long coude à coude… A la sortie de l’eau, il va se relever trop tôt et être stoppé net par le ressac d’une vague. A ce moment, je n’en crois pas mes yeux, il vient de commettre une erreur fatale. Je passe devant lui et m’extrais de l’eau au dernier moment d’un coup de rein rageur. Il faut que je tienne bon les 15 derniers mètres de montée dans le sable. Mes pieds s’enfoncent par le poids de mon corps, c’est tuant. Autour de moi, j’entends crier « Aqualove » et d’autres sauveteurs qui m’encouragent, je peux y arriver. Je crois que je n’ai jamais couru aussi vite de ma vie… je franchis la ligne d’arrivée… en tête, épuisé mais hyper ravi. Le camp d’« Aqualove » est en pleurs…ce sont des larmes de joie et d’amour. Ils me prennent tous dans leurs bras : mon épouse, mon fils et les membres du club, des sauveteurs d’autres clubs viennent me féliciter, ça fait chaud au cœur.

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Cette finale restera gravée dans ma mémoire, j’ai obtenu un titre national à 42 ans devant mon benjamin de 20 ans, c’est vraiment valorisant !

Revue de presse des championnats de France 2005