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23/10/2008

1905 : La première traversée de Paris - les éliminatoires

Au début du 20ème siècle, le public et la presse se passionnent pour les épreuves de grand fond comme le Bol d’or ou le Tour de France cycliste.

DSCF6091.JPGC’est ainsi que naît en 1905 une grande manifestation populaire au sein de la capitale : « la traversée de Paris à la nage »
Comme le sont quasiment toutes les manifestations sportives du début de ce siècle, cette traversée est née de l’association d’une société sportive et d’un journal. En l’occurrence Georges Moebs, président de la Société Nationale d’Encouragement à la Natation, s’associe avec Henry Desgranges, directeur du journal « L’Auto », pour mettre en place cette manifestation qui peut être considérée comme le point de départ de la natation marathon en France.

Cette épreuve réunit 516 engagements, mais les organisateurs, pour des raisons de sécurité, ne veulent pas plus de huit ou dix concurrents. Les responsables qualifient d'office 7 nageurs très renommés au début du siècle pour participer à la traversée : Holbein (Anglais), Paulus (Français), Bougoin (Français), Poullitou (Français), Burgess (Anglais), Billington (Anglais) et Miss Kelermann (Australienne).
Pour les deux ou trois places qui restent à prendre, une épreuve éliminatoire est organisée la semaine précédente.
C'est ainsi que 184 candidats prennent part à ces éliminatoires « ouverts à tous », professionnels et amateurs. Le départ des séries a lieu le dimanche 3 septembre 1905 au matin et les demi-finales, quant à elles, se nageront l’après-midi.

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Aucun concurrent ne terminera ces éliminatoires. Malgré tout, lors des demi-finales, le nageur Bernhart est déclaré vainqueur par la presse puiqu'il est resté le dernier dans l’eau et a été sorti par mesure de prudence au bout de 3,8 km par les organisateurs. (Journal Vie au Grand Air du vendredi 15 septembre 1905)
Donc un huitième nageur prendra bien le départ de la première traversée de Paris la semaine suivante... et pourtant ce ne sera pas Bernhart !

22/10/2008

1905 - La première traversée de Paris : la course

Le dimanche 10 septembre 1905, 8 concurrents, les meilleurs selon la presse, se présentent au départ de « la très curieuse, très intéressante et très instructive épreuve de natation » (Le Grand Illustré du 11 septembre 1905)

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Sont présents :
- Deux nageurs anglais très connus pour leurs nombreuses tentatives de la Manche sans succès : Burgess et Holbein.
- Deux champions du monde anglais de l’époque : l’un amateur, Billington et l’autre professionnel,Nuttal. Ce dernier est annoncé comme le grand favori de l’épreuve.
- Trois nageurs français : Paulus, un notable commerçant de Paris, très connu dans le domaine de la natation française pour avoir remporté plusieurs courses auparavant. Le sergent Poulitou, militaire de l’école de Joinville et un autre nageur tout aussi connu Bougoin.
- L’unique femme de l’épreuve est l’incroyable nageuse Australienne, Miss Annette Kellermann. Elle est sans nul doute la principale attraction de cette course et contribuera grandement au succès de l’épreuve.

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Les nageurs vont avoir à effectuer un parcours d’environ 12km en descendant le cours de la Seine du Pont National jusqu'au Viaduc d’Auteuil, soit une traversée complète de la capitale.
Les Parisiens se déplacent en masse le long des berges de la Seine pour suivre le spectacle annoncé comme l’événement de la natation par le journal « L’Auto » au même titre que le Tour de France pour le vélo.
Pour des mesures de sécurité et afin d’éviter l’affluence en un même endroit sur les quais, les départs seront espacés et donnés par petits groupes inégaux. Chaque nageur est accompagné d’une barque avec obligatoirement à bord 3 hommes dont 2 nageurs expérimentés. (Le Grand Illustré du 11 septembre)
C'est à 8 heures du matin que Miss Kellermann est la première nageuse à s'élancer sous les acclamations d'une foule enthousiaste. Elle nage la tête hors de l'eau, cheveux au vent et effectue de larges brassées en fendant la Seine.

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C'est ensuite au tour de Burgess, Poulitou et Holbein de s'élancer dans le fleuve. La foule reconnait facilement Holbein qui nage sur le dos.

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A 8h45, Bougoin, Paulus et Billington, eux, partent ensembles. Billington, champion du monde de vitesse, prend très vite l'ascendant sur ses deux concurrents. Il est surnommé dans le milieu de la natation "le Phoque" pour sa curieuse façon de nager la bouche au ras de l'eau, l'obligeant à souffler bruyamment.

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Enfin à 9 heures, Nuttal, le grand favori, se met à l'eau. C'est entre le pont de Solférino et le pont de la Concorde que la course se dessine. Nuttal et Bougoin seront les premiers à abandonner, pris tous deux de crampes. Le sergent Poulitou est arrêté à hauteur du pont de la Concorde par le capitaine Sénat. Il n'avait pas l'autorisation de ses chefs pour participer. Billington, après avoir nagé à une vitesse folle, est contraint d'abandonner saisi par le froid. C'est à 12h14, que Paulus franchit la ligne d'arrivée à la surprise générale. Il a effectué le parcours en 3h29'.

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Suit très loin derrière à presque une heure d'écart, Burgess en 4h28' et Holbein en 4h48'. La célèbre nageuse australienne, miss Kellermann, après avoir connu un moment de découragement et avoir été tentée de monter à bord de son canot d'accompagnement 400m avant la ligne d'arrivée, termine la traversée souriante en 4ème position en 4h56'.

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Cette 1ère traversée de Paris est un très gros succès et va devenir une des plus grandes manifestations sportives du début du siècle. Nous verrons prochainement que malgré tout une fausse note sera à retenir...

(Source : "L'Eclair" et "Le Grand Illustré" du lundi 11 septembre 1905 et "La Vie au Grand Air" du vendredi 15 septembre 1905)

21/10/2008

1906 : Deux traversées de la capitale à la nage

Tout le monde (presse, public, nageurs) s’accorde à dire que la 1ère traversée de Paris est un grand succès et qu’il s’agit là d’une des plus grandes manifestations sportives du moment. Malgré cet engouement, une seule fausse note est à retenir. Elle vient de l’USFSA (la future Fédération Française Natation) qui, avant même le départ de cette épreuve « ouverte à tous », interdit à ses adhérents d’y participer (source du journal La Presse du 1er septembre 1905).

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Départ de la traversée de Paris 1906 (épreuve amateur), photo du « Petit Journal » du dimanche 12 août 1906

Tous les concurrents à la course sont considérés aux yeux de cette Union comme des professionnels et ceux qui y participeront seront alors exclus de l’USFSA exclusivement réservée aux amateurs. L’oganisateur, dans un souci d’améliorer les conflits, proposera même de faire 2 classements différents, l’un pour les amateurs et l’autre pour les professionnels (Source : La Presse du 6 septembre 1905). L’idée n’est pas retenue par l’Union et il n'y aura qu'un classement. C’est ainsi que Paulus, simple commerçant, est considéré nageur professionnel par l’USFSA et nageur amateur par la fédération professionnelle de natation du moment. Et, le plus incompréhensible dans tout cela, c’est que le co-organisateur de la manifestation Georges Moebs, président de la Société Nationale d'Encouragement à la Natation, n'est ni plus ni moins que … le président de la section natation à l’USFSA. C’est à n’y rien comprendre !

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Miss kellermann lors d'un ravitaillement à la traversée de Paris 1905. Nous constatons la présence de Georges Moebs sur son bateau. (photo : Journal grand Illustré du 11 septembre 1905)

Suite à cette prise de décision d’exclusion des nageurs professionnels, il va y avoir rupture entre le journal L'Auto et Georges Moebs. En 1906, ce sont 2 traversées de Paris qui sont proposées. La première, professionnelle, est organisée par le journal "l’Auto" le dimanche 15 juillet. La seconde, quant à elle purement amateur, est organisée quinze jours après par la SNEN et Georges Moebs en collaboration cette fois-ci avec le journal "Les Sports", le dimanche 29 juillet. Les deux traversées se nagent sur le même parcours de 12km. Les deux journaux font venir des étrangers et annoncent la présence de féminines, ce qui permet d’assister à deux manifestations quasi identiques. La seule différence, c'est que le départ chez les professionnels se fait par vague alors que chez les amateurs, tous les nageurs partent ensembles. Après 1908, l’épreuve amateur verra sa distance passer à 8km.

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Trois des concurrentes de la traversée de Paris en 1906 (amateur), photo du « Petit Journal » du dimanche 12 août 1906 : « La baronne Isacescu entre Mlles Marthe et Cécile Robert

Alors que l’USFSA, et plus tard la FFN, diminue au fur et à mesure le nombre de ses épreuves de longue distance, à l'inverse, le journal « L'Auto », proposera, en plus de la traversée de Paris, plusieurs manifestations spectaculaires de grand fond avec un 24 heures à la nage en 1906, une traversée de Paris réservée aux féminines en 1912 et un marathon à la nage depuis Corbeil jusqu’à Paris sur une distance de 40km en 1924...

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Billington et son canot de secours à la traversée de Paris organisée par "l'Auto" (photo : Rowing-Natation par A. Lein et G. Le Roy)

Les épreuves de longues distances seront abandonnées progressivement par la future FFN et disparaîtront totalement du programme national après la deuxième guerre mondiale. Il faudra attendre 1992 pour que la FFN s’intéresse de nouveau à cette discipline qu’elle a pourtant bannie et critiquée dès le début. Elle se sentira alors obligée d’adhérer à la politique de la Fédération Internationale de Natation Amateur qui vient de créer en 1985, dans ses instances, une commission longue distance et qui organisera un 25 km lors des championnats du monde de natation à Perth en 1991. Avec l’organisation par la FFN du premier championnat de France de longue distance, l’année 1992 verra naître l’An 1 de la natation longue distance comme elle le dit dans son magazine « Natation ».

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Médaille de la traversée de Paris 1907 amateur (13ème place)

20/10/2008

La coupe de Noël à Paris de 1906 à 1940

En 1906, cela fait déjà plus d’une trentaine d’années, qu’un club anglais fait disputer à Londres, dans le lac de l’Hyde Park, la Serpentine : une course de natation de 110 yards le jour de Noël. Malgré le froid encore plus vif à Londres qu’à Paris, le succès est toujours plus grand d’années en années. A l’imitation des anglais, une coupe de Noël est organisée alors à Paris par la Société Nationale d’Encouragement à la Natation de Georges Moebs, le journal « Les Sports » et « Le Petit Journal ». Elle se dispute à la hauteur du pont Alexandre III et consiste à faire la traversée de la Seine dans sa largeur de la rive droite vers la rive gauche sur une distance de 200m. Si le parcours est plus long que celui de l’épreuve anglaise, en revanche, la température de l’eau est moins basse qu’à Londres où souvent les organisateurs sont obligés de casser la glace.

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"Le Petit Journal Illustré" du 2 janvier 1921

 

Pour la première édition, 8 nageurs seulement seront sélectionnés. C’est le français Meister, d'un club parisien, qui remporte l’épreuve en 2’00’’2/5 et dans une eau à 1°C. Tous ces valeureux nageurs viennent de prouver au nombreux public présent sur les berges que l’on peut ainsi sans danger prendre des bains froids en hiver.

Après ce premier succès, cette coupe de Noël devient incontournable et fait partie du programme des animations parisiennes tous les 25 décembre de 1906 à 1940 (sauf de 1914 à 1916)

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 "Le Petit-Journal" du mercredi 26 décembre 1906

 

Parmi les faits les plus marquants de la coupe de Noël, on notera :

 

En 1907 : Meister le vainqueur de la première édition a oublié de toucher l’arrivée matérialisée par un drapeau et sera déclassé. A l’issue de cette manifestation, Meister, frustré, lance un défi à Beretta, le vainqueur, qui l’accepte. La confrontation des deux nageurs va avoir lieu le 2 février 1908 sur le même parcours que la Coupe de Noël. Au final, c’est Gérard Meister qui l’emporte avec 6 mètres d’avance. Il couvre la distance en 1m 51s 4/5 et Beretta en 2m 3s 4/5.

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Match Meister – Beretta, nageurs sortant de l'eau

(photographie de presse / Agence Rol)

 

En 1913 : cette année, l’épreuve comporte une innovation. L’organisateur, Georges Moebs, désirant prouver que par tous les temps un bon nageur doit pouvoir se porter au secours d’un de ses semblables tombé à l’eau, a décidé que chaque concurrent devait nager seul les deux tiers du parcours, puis saisir sur une barque un mannequin et effectuer le dernier tiers en le tractant à la nage la tête hors de l’eau jusqu’à l’arrivée. C’est donc une épreuve à la fois de nage pure et de sauvetage que vont effectuer cette année-là les 12 courageux à la grande joie du public.

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Arrivée des deux premiers, Meister et Courbet,

On voit Meister qui tient dans sa main le mannequin

(photographie de presse / Agence Rol)

 

En 1917 : c’est en tant que réformé de guerre que Gérard Meister participera à sa 9ème édition qu’il a déjà remporté 6 fois. Blessé pendant le conflit, il garde cinq balles dans le corps et une jambe un peu à la traîne sur la terre ferme. Dans l’eau, c’est un véritable triton et ce petit poids supplémentaire ne le gêne en rien. Il remporte l’épreuve pour la 7ème fois.

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"Le Petit-Parisien" du 26 décembre 1917

 

En 1918 : Pour sa 10ème édition, la coupe de Noël sera la « Coupe de la victoire » et les dirigeants de la SNEN ont décidé, pour lui donner plus d’éclat, de n’y admettre que des poilus des nations alliées. Dans le lot des champions militaires désignés par leur corps, deux femmes prendront également le départ et cela en toute logique, puisque l’une, Mme Gourraud Morris, fût motocycliste attachée à un état-major qui fit Verdun et l’autre Mme Marcelle Vianet fut infirmière au front.Au final lesdeux nageuses ne réussiront pas à terminer l’épreuve.

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 Le départ de la Coupe de Noël 1918 

(photographie de presse / Agence Rol)

 

De 1923 à 1940 : record de participation pour le nageur Maloubier qui participe en 1940 à sa 17ème coupe de Noël. Souvent dans les 3 premiers mais jamais vainqueur.

 

En 1940 : Cette année-là en pleine période de guerre, la traversée n’a plus le même succès et les mêmes louanges que les éditions précédentes. La presse n’hésite pas à titrer : « Epreuve très sportive mais sans aucune utilité pratique » Ce sera la dernière édition de la coupe de Noël créée par Georges Moebs.

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 Hubert, vainqueur de la Coupe de Noël à Paris, tenant à la main le vase de Sèvres offert par le Maréchal Pétain, auprès de Maloubier, vétéran de l'épreuve qui a terminé troisième.

(Photo L.A.P.I. 25 décembre 1940)

 

Tous les podiums de la Coupe de Noël de 1906 à 1940 : resultats coupe Noel Paris de 1906 à 1940.doc

 

 

17/10/2008

Le premier Français à tenter la traversée de la Manche

Le premier français à tenter officiellement la traversée de la Manche est le célèbre nageur Georges Paulus, vainqueur de la traversée de Paris 1905 et des 6 heures en 1907. Il a l’intention de faire la traversée le mercredi 12 août 1908 et compte partir aux alentours de trois heures. Ce jour là c’est la pleine lune et les courants sont au plus fort. Il compte sur eux pour mener à bien sa tentative. Dès qu’il s’agit d’organiser et de promouvoir la natation de marathon, le Journal « L’Auto » est toujours présent. Ainsi le journal et son rédacteur L. Manaud prennent toutes les dispositions et prêtent un puissant concours pour que Paulus ait le plus de chance de réussir.

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Ils vont tout mettre en œuvre pour que l’organisation soit irréprochable. Le bateau vapeur convoyeur affrété par le journal porte le nom « Pole Star ». Le commandant de l’expédition est confié à Mr Paul Rivet, un vieux loup de mer. Son parcours est remarquable, dès l’âge de huit ans il a commencé à naviguer. Puis il a participé aux guerres de Crimée et d’Italie. Il a ensuite navigué comme patron de pêche et enfin ce qui est remarquable a effectué au cours de ses campagnes plus de 70 sauvetage (Cf La Presse 10/08/08) Il connaît tous les coins et recoins, les passages difficiles et les courants de la Manche. Il est celui qui doit guider au mieux Paulus vers la France. Toute la presse française et britannique est conviée par L Manaud à assister à la tentative. Il y aura de nombreux correspondants français avec « La Presse », « Le Matin » et « le Petit Calaisien » et le photographe Simons. Du côté britannique il y aura les correspondant des « Sporting Life”, “Daily mail”, “Sub-Editor”, “Dover Standart”… (Cf La Presse 13/08/08) Le médecin de la préfecture de la Seine, Paul Gardé, est le docteur officiel. Pour l’accompagner, il y a sa plus fervente supportrice, son épouse mais également quelques « sportsmen » qui ont contribué à la réalisation de la traversée, comme Mrs Riffaud, Dubonnet et Ouvrier.

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Paulus s’est entraîné très sérieusement toute l’année pour essayer de franchir la fameuse nappe d’eau qui sépare la France de l’Angleterre. Une semaine avant, il se rend à Calais pour profiter des derniers jours qui lui restent avant sa tentative, afin de parfaire son entraînement en pleine mer et régler les derniers détails. (Cf La Presse 10/08/08Paulus est très confiant et a effectué sa dernière sortie en mer le lundi après midi. Mr Stauber, un des plus réputé pilote de Douvres, il est le fils du pilote qui accompagna le fameux capitaine Webb dans la légendaire traversée, a assisté à cet entrainement et a déclaré : « Paulus est le nageur le plus rapide que j’ai vu ici jusqu’à ce jour » (Cf La Presse 13/08/08)

La veille Paulus dine en compagnie de tout ceux qui participent à l’expédition et il explique aux journalistes présent comment il s’est préparé depuis le début de l’année pour tenter de renouveler l’exploit de Webb. Il a établi son tableau de marche sur une moyenne de 3km200 à l’heure, ce qui est une vitesse rapide pour les nageurs de l’époque. A dix heures du soir, Paulus part se coucher pendant que les accompagnateurs terminent les préparatifs.

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Le mercredi 12 août 1908, après quelques minutes de repos, à une heure du matin, tout le monde est debout. Paulus est tout heureux et prêt à réussir. A une heure trente, tout le monde quitte l’hôtel des Cygnes pour se diriger vers la grande jetée. Là, amarré dans le port, le bateau vapeur « Le pole star » les attends. A bord, Paulus fait ses derniers préparatifs. Il en profite pour se faire enduire le corps d’une graisse spéciale qui doit lui permettre de résister au froid. A deux heures du matin, tout le monde est prêt. Quelques minutes plus tard, à 2h27, Paulus se jette à l’eau du haut de la grande jetée des « bateaux poste » à Douvres. La tentative vient de commencer, Paulus nage à belle allure. C’est la pleine lune, le temps est clair et la mer calme. (cf la Presse 13/08/08). Il est très bien dirigé par le pilote Ouvrier. A 2h50 Paulus est à 4km500 du départ. Il avance à 10 km/h environ, avec la force des courants. Mais de minutes en minutes cette mer calme commence à devenir mauvaise. Elle ne gêne en rien la progression du nageur qui paraît à l’aise. Soudain, c’est l’affolement ! Au milieu de cette mer houleuse les accompagnateurs du bateau perdent de vue le nageur. Gros moment d’angoisse à bord, Mme Paulus l’appelle en criant. La tête de Paulus apparaît sur la cime des vagues et leur répond tranquillement : « Ne vous inquiétez pas de moi, je ne vous perd pas de vue, tout va bien » (Cf La Presse 14 août 1908) Gros soulagement à bord. A 3h30 Paulus approche du Varne, véritable colline de sable sur de la roche au un tiers de la Manche. Là les courants sont plus forts car il y a beaucoup moins de profondeur. paulus Manche 1907.JPG

A ce moment il vient de parcourir 8km. Paulus ne montre aucun signe de fatigue. La mer est maintenant très mauvaise et le bateau à vapeur est très secoué. A l’intérieur, cela devient l’apocalypse, la plupart des passagers sont pâles puis verts. Ils ont du mal à se tenir à tout ce qu’ils trouvent, mât, bastingage, cordage, filets de pêche… Certains offrant aux poissons le dîner de la veille. A 4h27 Paulus a parcouru 14km500, à bord, seul le docteur Gardé et Mme Paulus sont légèrement indisposés. Tout le monde à bord est malade et incapable de s’occuper du nageur. Lui, de son côté, continue de nager comme si de rien était. A 5h27 Paulus a parcouru 17km. Seule son épouse continue de l’encourager. Elle essai péniblement de le ravitailler avec du chocolat chaud. Le bateau à l’air d’un vrai champ de bataille avec tous les corps allongés et malades. A 6h17 Après avoir absorbé trop d’eau de mer, Paulus se plaint de fortes coliques et de vomissement. Les larmes aux yeux et peu fatigué, il abandonne, après avoir parcouru 11 miles marin soit exactement 20km372 en 3h50’. A 11h le « Pole Star » arrive à Calais, une dizaine d’accompagnateurs en ressortent complètement défaits. Seul Paulus, son épouse et le docteur Gardé sont plus d’aplomb.

De l’avis des journalistes anglais qui ont suivi la tentative, ils estiment, de par leur expérience, que Paulus est l’homme certainement le plus qualifié pour renouveler l’exploit et de rajouter : « Burgess et Holbein n’auraient peut être pu tenir trois miles par une mer aussi mauvaise ; il est courageux votre homme ! ». (Cf la Presse 14/08/08) Mais Paulus, déçu, annonce clairement : « qu’il renonçait à jamais à tenter la fameuse traversée » (Cf La Presse 13/08/08) Encore une fois la traversée vient d’échouer.

Mais son choix de partir un jour de forte marée était-il judicieux ? Ne valait-il pas mieux attendre un moment plus propice et des conditions climatiques plus clémentes ?

15/10/2008

Championnats de France eau libre de 1899 à 1939

Les premiers championnats de France de natation amateur ont lieu en 1899 et sont organisés par l’Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques (U.S.F.S.A.). Ils se déroulent en milieu naturel, mais en espace banalisé, et comportent deux épreuves : un 100 mètres à Paris dans la Seine, et un 500 mètres à Versailles. Seule une troisième épreuve se dispute en eau libre, il s’agit d’un 400 mètres en mer à Saint Valéry en Caux. Cette épreuve est remportée par G. Leuillieux (PN Lille) qui peut être considéré comme le premier nageur a avoir obtenu le titre de champion de France en eau libre.

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A cette période les épreuves nautiques les plus populaires sont les traversées de villes et les marathons aquatiques. Dès lors cela oblige la commission de la natation de l’U.S.F.S.A. à intégrer dans ces championnats de France une épreuve plus longue calquée sur le modèle des traversées, en plus du 400m. C’est ainsi qu’en 1906, et jusqu’en 1913, sont organisés annuellement un championnat de France sur 4000 mètres en mer ainsi qu’un 1000 mètres en mer entre 1910 et 1913.

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A partir de 1912, un championnat de France de grand fond naît et se déroule dorénavant en descente de rivière. Il est organisé à partir de 1921 par la F.F.N.S., qui devient plus tard la F.F.N., sur une distance de 8 kilomètres. C'est généralement la traversée de Paris en amateur qui permet de décerné le titre.
Le palmarés complet des Champions de France eau libre de 1899 à 1939.doc

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La guerre de 1939 marque la fin des compétitions nationales en eau libre. Le championnat du 400 mètres en mer voit sa dernière édition en 1931 et le championnat de grand fond n’a pas lieu en 1939 en raison de la situation internationale (il était prévu fin août) et n’aura d’ailleurs plus lieu après la guerre.
Vous pouvez visionner un reportage de la traversée de Paris en 1931 sur le site de l'INA :

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&a...

Toutefois, dans le domaine de l’eau libre, quelques comités régionaux continuent après la tourmente d’organiser des championnats régionaux de grand fond.

14/10/2008

La première Française à tenter la traversée de la Manche

A partir de 1920, après le déminage des plages, la Manche est à nouveau retentée par les nageurs du monde entier. jeanne sion le matin.jpgComme tous les ans, d’août à septembre, la traversée de la Manche prend une part importante dans l’actualité. Mise en valeur par la presse mondiale, elle attire de part et d’autre du Détroit, un grand nombre de nageurs et de nageuses n’hésitant pas à sacrifier du temps et de l’argent pour rééditer l’exploit de Webb et Burgess.

Parmi les nageuses, une Française, Jeanne Sion, née à Dunkerque en 1889. Elle est la petite fille du marin Frédéric Sion, propriétaire et fondateur en 1853 d’une école de natation sur l’un des 2 plans d’eau ouverts à Dunkerque : le « Carré Sion ». A Dunkerque, "Sion et natation riment". Jeanne apprend à nager dès 3 ans avec son père Joseph Louis. Elle se familiarise rapidement avec le milieu aquatique. Dans sa ville, elle est une véritable héroïne. On la surnomme « l’ondine, fille des corsaires ». En 1922, à l'âge de 33 ans, elle espère devenir la Première nageuse à traverser le détroit. Elle est soutenue par la presse et encouragée par toute une population. C’est une sportive d’exception et elle est considérée comme l’une des premières candidates sérieuses à la traversée de la Manche. Malheureusement, lors de sa tentative du dimanche 7 septembre 1922, elle revient à terre à bord du convoyeur "Ravageur" après avoir échoué à 4 miles de Douvres. Elle avait nagé pendant 14h30 et aurait fait, dira le capitaine du Ravageur, 71km. Pourtant très en forme, elle a abandonné à la suite d'un violent mal de gorge provoqué par l'eau salée et le mauvais système de ravitaillement.

De 1924 à 1926, à plusieurs reprises, elles seront 3 nageuses à tenter l'exploit de devenir la "première femme" à figurer au palmarès de la traversée de la Manche. Elles sont à la fois, 3 rivales et 3 amies, n'hésitant pas à suivre les diverses tentatives des unes et des autres à bord du bateau convoyeur, peut-être aussi par espionnage sportif ! Il y a les américaines Harrison et Ederlé ainsi que la Dunkerquoise Sion. 08-06_traversee_feminine_manche_2_lightbox.jpg

En 1924, parmi toutes les prétendantes, la Française est la première à s'élancer du Cap Gris-Nez dans la nuit du 22 juillet mais il n'y a pratiquement personne pour relater sa tentative, car en même temps se déroulent à Paris les Jeux Olympiques d'été. Pour sa traversée, Mlle Sion est convoyée par un remorqueur calaisien habitué des tentatives : "Le Champion". Il avait accompagné avec succès Enrico Tirabosch en 1923, le 4ème nageur à réussir la Manche. Ce 22 juillet, Mlle Sion, profite d'un temps absolument calme et d'une mer à l'apparence d'un lac pour disparaître de l'horizon en direction des côtes anglaises. Entraînée ensuite par les courants et surtout épuisée par le froid, elle abandonne en fin de matinée à 7 miles (11km) des côtes anglaises. Elle est retirée de l'eau et ramenée à Calais par le remorqueur. Une quinzaine de jours plus tard, c'est au tour de Mlle Harrisson de tenter sans succès la traversée.

Rejointes en 1925 par l'américaine Gertrude Ederlée qui espère accomplir cet exploit, elles tenteront toutes les 3 la Manche sans succès. Mlle Sion est de nouveau la première à s'élancer du cap Gris-Nez avec cette fois-ci une centaine de personnes rassemblées sur la plage pour assister au départ. P1070677.JPG

A bord du remorqueur à pris place l’Américaine Harrisson en tenue de bain, prête pour « entraîner » sa rivale. C’est ainsi que l'on appelle les personnes qui se mettent épisodiquement à l’eau pour accompagner le nageur dans l’effort. Cette année-là, elle échoue à seulement 3600m du but mais dira-t-elle "beaucoup plus par l'appréhension de la nuit opaque que par le froid ou la fatigue". Elle est la première femme à s'être rapprochée aussi près du but et elle n'hésite pas à déclarer à la presse qu'elle renouvellera une prochaine tentative. Elle retentera à plusieurs reprises et sans succès la traversée jusqu'à la réussite de l américaine Gertrude Ederlé le 6 août 1926 en 14h32' ...

Pour quelques malheureux kilomètres, Jeanne Sion passera dans l’anonymat le plus total laissant à l’américaine les fastes d’une parade New-Yorkaise avec plus de 2 millions de personnes…

13/10/2008

1924 : Le « Marathon Nautique » Corbeil - Paris (40km)

Lorsqu’en 1905, le journal « L’Auto » crée la traversée de Paris à la nage, dans le monde des sportsmen de l’époque, on trouve l’idée insensée et surhumaine. Depuis cette première traversée, ce sont des centaines de nageurs qui ont participé chaque année avec succès aux traditionnelles traversées de Paris prouvant que nager 12km constitue un effort très ordinaire. Aussi quand en 1924, le même journal « L’Auto » annonce la création d’une grande épreuve d’endurance entre Corbeil et Paris, « on se contente de sourire ». (Source "L’Auto" du 29 juillet 1925) Le « Marathon Nautique », c’est ainsi qu’a été dénommée cette nouvelle course de grand fond d’une distance de 40km. Cette épreuve est organisée par la Ligue nationale de Natation et son président Léon Manaud, collaborateur au journal « L’Auto ». Autant dire que cette épreuve est considérée comme réservée aux professionnelles. Le départ est prévu le samedi 2 août à 23h à l’écluse de Coudray, située à 5km en amont de Corbeil et l’arrivée est attendue le dimanche 3 août au bassin de l’Hôtel de Ville de Paris. Le problème sur un tel parcours est le passage des écluses de Soisy sous Etiolles, d’Albon et de Port à l’Anglais.

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L’organisation a tout prévu pour assurer la sécurité des nageurs. A ces différents points de passages des postes de secours et une organisation spéciale sont mis en place pour permettre aux concurrents de franchir les barrages en accomplissant que quelques mètres à pied. ("L’auto" 29 juillet 1924) Les nageurs auront à grimper un escalier placé en amont puis à redescendre à l’eau par un escalier spécial. « Il est interdit aux concurrents, sous peine de disqualification de s’arrêter ou de prendre de la nourriture ou des soins au moment du débarquement » ("L’auto" 1 aout 1924)

D’autre part les concurrents sont convoyés par un « bachot », petit bateau à rame, avec à bord un rameur, un commissaire et  un soigneur.  Chaque bateau est équipé d’un projecteur « Magondeaux » afin de permettre de suivre le nageur la nuit. ("L’auto" vendredi 25 juillet 1924)

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Cette course est annoncée comme pouvant être un test ou une épreuve qualificative aux prétendants de la Manche. La distance de 40km à accomplir correspond à quelque chose près à la traversée de la Manche, mais avec cette différence qu’il n’y a pas de courant et de grosses vagues à affronter. Ceux qui terminent cette course sont des candidats sérieux pour le Détroit. Une telle épreuve n’est donc pas ouverte à tous et l’organisateur est obligé de refuser des centaines d’inscriptions qui lui parviennent au siège du journal « L’auto ». Seuls des nageurs qui depuis longtemps ont fait leurs preuves dans le domaine de la natation de grand fond, peuvent être sélectionnés pour participer. Ils ont en plus l’obligation de passé devant une commission médicale qui elle seule peut les autoriser à participer.

Le samedi 2 août 1924, toute la ville de Corbeil est en fête. Sur les quais fleurissent des guirlandes et des oriflammes. A la nuit tombante des lampions illuminent la rive droite près du Cercle Nautique de Corbeil où vont se dérouler les principales animations. A 20h30, la berge est noire de monde. Pour faire patienter le public, la musique fait rage et un feu d’artifice illumine le ciel de Corbeil. Du balcon du Cercle Nautique, Leon Manaud présente les huit concurrents longuement acclamés : Paulus, Burgess, Bébé Lavogade, Géo Michel, Chrétien, Helmy (nageur égyptien), Pouilley, Lardet.

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A une heure du matin, les barques des concurrents dans lesquels ont pris place les commissaires et soigneurs, se regroupent. A bord du « Lutetia », un coup de pistolet est tiré. Le premier Marathon Nautique, est commencé. Sept concurrents sont partis. L’excellent nageur égyptien Ispack Helmy est resté sur la ligne de départ déclarant ne pas vouloir participer aux différents prix. Il compte partir un quart d’heure après afin de conserver sa qualité d’amateur et éviter les foudres des Fédérations. Avec l’accord du commissaire général, il ne court pas avec les autres concurrents et part à 1h12…

A 13 heures et 3 minutes, Chrétien atteint l’échelle de l’arrivée et devient ainsi le 1er vainqueur du « Marathon Nautique ».  Il a couvert les 40km en 12h03’ correspondant à une vitesse de 3,234 km/h.

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Trente minutes après l’arrivée du premier, c’est au tour de Michel de grimper à l’échelle. Suivent ensuite Lardet, Lavogade et Burgess, puis très très loin derrière l’égyptien Helmy. Il arrive 6 heures après l’arrivée du premier. Le nageur, amateur, annonce qu’il a entrepris ce Marathon à la seule fin de s’entraîner pour la traversée de la Manche et son objectif était de terminer. C’est curieux que ce nageurs qui va devenir forcement professionnel s’il entreprend de traverser la Manche déclare au départ ne pas vouloir participer aux différent prix. A lui seul, il résume toutes les incohérences de l’époque sur le statut d’amateur et de professionnel.

Au final, « Le premier Marathon de Paris de l’Auto a connu le triomphe » ("L’Auto" 5 août 1924) grâce à une organisation sans faille de la Ligue Nationale de Natation. Pour l’épreuve il a fallu mobiliser : « Un bateau parisien, trois pétroliers, une motogodille, trente bachots, quarante projecteurs Magondeaux, quatorze voitures automobiles, deux ambulances, cinquante infirmiers et deux cent cinquante commissaires. Grâce à tous ces dévoués, l’organisation fut parfaite, le succès fut triomphale » ("L’auto" 5 août 1924)

Il y aura 2 autres éditions en 1925 et 1926. Voici les résultats :

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12/10/2008

Géo Michel, le premier français à traverser la Manche en 1926

Georges Michels, « Jo » pour les intimes, est boulanger à Levallois. Il est passionné de natation et plus particulièrement de natation marathon. Depuis 1908, il s’entraîne au CN Paris et participe aux épreuves de grand fond. Son gabarit n’a rien à voir avec les autres nageurs et notamment ceux de vitesse. On l’appelle « le gros » et ne pèse pas loin de cent kilos.

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Mais pour nager la Manche et les épreuves de marathon, il vaut mieux être un peu enrobé. Il participe à plusieurs reprises à la traversée de Paris, qu’il gagne en 1919 et au marathon nautique Corbeil – Paris qu’il gagne en 1926. George Michel n’est plus membre de la FFNS, car exclu pour avoir participé aux épreuves organisées par le journal l’Auto. Il nage et participe aux épreuves comme nageur indépendant.

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Lorsque le 9 septembre, le Français Geo Michel s’élance dans le détroit de la Manche, il en est à sa onzième tentative. Il se met à l’eau au Cap Gris-Nez à 20h26. Avant son départ il déclare : « Je serais rudement surpris si je n’atteignais pas la côte anglaise vers 7h30 » (le matin 11 septembre 1926) Effectivement, le samedi 10 septembre 1926 à 7h35, avec seulement cinq minutes de plus que ses prévisions, il gravit péniblement la plage de galet de Saint Margaret. Il vient de traverser la Manche en 11h05 établissant un record absolu qu’il détiendra jusqu’en 1950.

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A sa sortie de l’eau, il est acclamé comme un héros. En l’espace de quelques secondes, il reçoit une centaine de chaleureuses poignées de mains. Il vient de battre le record de la traversée de plus d’une heure. Le record précédent a été réalisé dix jours auparavant par l’allemand Vierkoetter en 12h35. Dans ces années d’après guerre, la solidarité franco-anglaise est retrouvée. Les Anglais sont ravis que le record devienne la propriété d’un Français et non pas d’un Allemand. Alors que les autorités britanniques ont fait des difficultés à Miss Ederlé, à Miss Carson et à Vierkoetter pour les formalités de passeport, Michel est fêté comme un roi à Folkestone et à Douvres.

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A son retour sur le sol français, il est chaleureusement accueilli à Boulogne, Calais et Lille où des réceptions lui sont organisées. A Boulogne, le soir même de sa traversée, une foule énorme l’attend sur le quai de la gare maritime. Le sénateur maire, les élus et les dirigeants sportifs de la ville sont là pour l’accueillir. Il est escorté jusqu’à l’Hôtel de Ville où l’attend une grande réception en son honneur. Après l’avoir longuement félicité, le Sénateur Maire de la ville, ravi que le record de la Manche revienne à un Français, lui remet une médaille souvenir de la ville. (Le Matin 11septembre 1926). Le lendemain, au cours d’une réception chaleureuse, la ville de Calais lui décerne le titre de citoyen d’honneur. A Lille, le maire lui remet la médaille Vermeil de sa ville. Mais lorsque Georges Michel débarque sur le quai de la gare du Nord à Paris, seuls quelques amis sont présents pour l’acclamer. Un député de la capitale M Edouard Soulier adresse au ministre de la Guerre une demande de croix de la Légion d’Honneur pour Géo Michel. Mais cette demande reste lettre morte. Il reçoit, malgré tout en 1927, la plus belle des récompenses pour un champion : on lui décerne le 16ème grand prix de l’Académie des Sports.

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Le récit complet de ses impressions que Géo Michel confia à un journaliste du « Miroir des Sports » au lendemain de sa traversée : Récit de la traversée de Geo Michel.doc

11/10/2008

A partir de 1927, les marathons en France sont oubliés

Jusqu’en 1926, pour gagner de l’argent les nageurs professionnels bénéficient des grandes manifestations organisées par la LNN et le journal « l’Auto ». Avec la pression qu’exerce la FFNS, on constate une réduction du nombre de nageurs professionnels. La plupart restant, sont des vieux nageurs d’avant guerre qui par le biais des marathons peuvent continuer à ce faire une réputation. C’est le cas des Paulus, Burgess, Lavogade, Pouilley,… Quant aux moins jeunes, leur gabarit de nageur de marathon ne leur permet pas de prétendre à des résultats sur les courses de vitesses orchestrées par la fédération amateur. Aussi, dès 1927, quand l’occasion se présente d’aller faire fortune sur les différents marathons organisés sur le continent américain, les quelques professionnels restant n’hésitent pas à partir.

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Ces épreuves outre-Atlantique remportent un immense succès avec des dotations colossales grâce à l’engagement des industriels américains et canadiens. Plus d’un million de francs pour le vainqueur du marathon nautique du lac Ontario. Georges Michel est un modeste boulanger, mais son activité principale est la natation. En juin 1927, il prend le bateau et arrive à Montréal pour participer à plusieurs épreuves de grand fond. Cette année là, il termine 2ème du lac Ontario et 1er du marathon Montréal – Sorrel, 40 miles dans le Saint Laurent. (L’Auto 8 juillet 1927)

Ce départ des professionnels pour tenter fortune dans les marathons organisés à l’étranger est décisif. En 1927, les marathons professionnels disparaissent de France.

10/10/2008

La Channel Swimming association

La Channel Swimming Association (CSA) est une association anglaise qui valide les traversées de la Manche à la nage. Cette association a plus de 80 ans d'existence, mais savez-vous comment elle a été créée ???

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Depuis 1907, il existe en Angleterre une association regroupant des sportsmen anglais sous le nom de « Channel Swimming Club ». (La Presse du 17 juillet 1907). Mais cette association n’a aucun pouvoir pour reconnaître et valider les tentatives de traversées. Lors de leur assemblée sont présentées aux clubs anglais différentes coupes qui récompensent ceux qui réussissent. Un « trophée challenge » est offert par le trésorier de l’association, Mr Alfred Jonas. Ce trophée, au nom de « Webb Memorial Shield » , récompense l’équipe de quatre nageurs se relayant qui termine la traversée. Un autre trophée du nom de son donateur « Alexander » est remis au nageur qui réussit en solo la traversée. (La Presse 23 août 1907). En décembre 1926, Alfred Jonas, devenu Secrétaire Honoraire du « Webb Memorial Fund », demande à ce que des moyens soient mis en œuvre pour que les nageurs qui accomplissent la traversée de la Manche soient reconnus et que leurs conformités soient certifiées.

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Une association, nommée « Channel Swimming Association » (CSA) , est créée pour contrôler et réglementer les traversées de la Manche.

Cette association constituée à Londres se compose des personnalités suivantes :

- Les anciens présidents de l’Amateur Swimming Association (l’équivalent en France de la Fédération Française de Natation) : Mr Georges Rope, Président de « l’Otter S.C. » ; Mr H.T. Bretton, représentant de la Fédération Internationale de Natation et Mr H.W. Jones

 Les fondateurs du « Webb Memorial Fund », Mr J.M. Dick et Mr Alfred Jonas ancien trésorier du « Channel Swimming Club »

-  Les « Vieux de la Manche » : Mr T. W. Burgess, Mr M. Holbein et Mr J. Wolffe

-  Un journaliste du « Dover Standart », Mr Hughes. (source CSA handbook)

 

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A partir de mars 1927, les traversées de la  Manche sont dorénavant organisées et contrôlées par la « Channel Swimming Association ». Toutes les traversées officiellement observées par ses Officiels/Observateurs désignés sont validées et enregistrées. Les règles du CSA tiennent dans une petite plaquette de quatre pages qui explique que le but de l’association est de faire une enquête sur les performances des nageurs qui ont fait la traversée mais aussi d’assister de ses conseils ceux qui désirent la tenter. Y figurent également le règlement qui stipule :

 

« Tout nageur (ou nageuse) recevant l’aide d’un appareil qui le soutient ou portant des gants palmés ou recevant une aide quelconque pendant la nage, ne sera pas considéré comme ayant traversé « l’English Channel » (qui peut être aussi bien le canal français).

Toutefois un nageur (ou nageuse) est autorisé à porter des lunettes vertes (pourquoi pas noires ?) et un bonnet de caoutchouc pendant la nage et se faire graisser le corps avant d’entrer dans l’eau. » (Le Matin 18/08/1930)

 

Les réussites antérieures à 1927 ne vont pas toutes être reconnues par les Anglais. La traversée du français Georges Michel "dit Géo" en 1926 ne figure pas dans la liste des traversées publiée par l’Association. En effet, comme la traversée de la Manche n’est pas considérée comme une épreuve officielle par les pouvoirs sportifs Français, G. Michel s’était fait accompagner d’un huissier de Boulogne Maître Duval, pour qu’il lui dresse un procès verbal et authentifie sa traversée. Malheureusement pour lui, comme il n’a pas fait appel à l’un des « Vieux de la Manche » qui siègent au sein du CSA, sa traversée ne sera jamais reconnue en Angleterre.

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Maître Duval encourageant Georges Michel a son arrivée sur le sol Anglais

 

Jusqu’à la mort de son Secrétaire en 1938, l’Association va contrôler pendant 11 ans toutes les tentatives et succès des nageurs. Tous les rapports officiels rédigés par l’association vont être placés dans un coffre-fort à Londres. Malheureusement ces derniers seront détruits pendant la guerre par les bombardements Allemands. Du côté français, Mr Léon Vincent, député maire de Calais et Mr Joe Costa seront les délégués et représentants de l’association. Mr Joe Costa assiste de 1927 à 1930 à 56 tentatives. (Le matin du 18/08/1930). En 1927, la ville de Calais achète le chalet des Algues à proximité de la plage du Cap Gris Nez. Ce chalet sert d’Etat major à la compétition en France et c’est généralement là que s’effectuent les graissages des nageurs avant de se mettre à l’eau.

 Ce n’est que onze ans plus tard, qu’une réunion a lieu à Folkestone pour redonner une impulsion à l’Association. Le 31 octobre 1949, un nouveau comité est formé sous la direction de l’inspecteur William Floydd de la police de Folkestone. L’association réaffirme son engagement d’aider et conseiller les nageurs tant amateurs que professionnels désireux de traverser la Manche.

En août 1957, l’association tient pour la première et dernière fois depuis sa création son assemblée générale sur le sol français. Cette réunion se déroule à l’hôtel « Normandie » dans Wissant. A cette période, la natation marathon en France est en plein essor…