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21/03/2006

Les canaux de Sète : plus d'une vingtaine de participations

La doyenne des traversées en France

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En 1975, j’accepte que mes parents m’inscrivent aux autres traversées de la région, Barcarès, Collioure et celle qui n’a pas pris une ride en 50 ans, la traversée de Sète. C’est LA traversée en Languedoc-Roussillon, elle est la doyenne des traversées en France. C’est la seule à avoir résisté au temps, aux guerres et à la construction des piscines. Elle se nage tous les ans pour les fêtes de la Saint-Louis où elle cohabite en parfaite harmonie avec les joutes qui sont la principale attraction de ces festivités. Plus d’une centaine de nageurs participent à cette traversée de 1800m dans les canaux de la ville. Les meilleurs nageurs français du moment n’hésitent pas à venir à Sète afin d’essayer d’inscrire leur nom au palmarès. Certains disent que « le palmarès de la traversée de Sète est celui de la natation française ». 

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Le public est également très nombreux pour encourager les nageurs dans leurs efforts. Il est très facile, tout au long du parcours, de regarder passer les nageurs depuis les quais. Mais pour suivre un nageur, c’est une autre paire de manche. Mon grand-père en a fait l’expérience. A 10 ans, mes parents m’inscrive à la traversée mais n’ont pas la possibilité de m’y amener. Mon grand père se fait un plaisir de m’accompagner.

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Nous voilà parti à Sète, le rendez-vous à lieu à la piscine des Dauphins de Sète, un espace banalisé en bois construit au bord des quais. Nous faisons la queue pour récupérer notre laisser passer et mon bonnet numéroté. A cette époque les bonnets sont en tissu avec des lanières à fixer sous le menton. Ils sont d’une grande valeur apparemment, car il nous faut laisser une caution pour éviter de l’emporter à la maison. 

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Pendant notre attente, j’apprends qu’il existe une petite traversée réservée aux régionaux de moins de 14 ans. Mais comme je suis inscrit à Lyon Natation, je n’ai pas le droit d’y participer. Je nage donc avec les seniors. Le départ a lieu à hauteur du pont-levis de la Bordigue. Une centaine de nageurs s’amasse le long du canal. Un gamin de 10 ans compressé au milieu des champions de la natation française. Je ne suis pas rassuré, mais mon grand-père est là pour m’encourager et me suivre tout le long du parcours. Le départ est donné, et je suis emporté, je ne sais comment, dans les flots.

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Oh, surprise !!! Je nage plus vite que d’habitude, car à Sète, il y a le courant et l’aspiration des nageurs qui m’entraînent. Mon obsession est de ne pas perdre mon bonnet : il faut récupérer la caution ! Voilà comment porter un stress supplémentaire à un enfant. En cours de route, je touche quelque chose de gélatineux. Tiens ! Il y en a un qui a perdu son bonnet. Erreur ! Le canal est rempli de méduses. Et là, j’apprends sur le tas, qu’il existe aussi des méduses qui ne piquent pas. Celles-là sont translucides et gélatineuses. Ce sont des « Spales et Dolioles », elles sont inoffensives et il n’est pas rare l’été de voir les enfants s’en amuser. Pour le nageur, le plus désagréable est de sentir cette masse gélatineuse entre les doigts et sur le corps, mais il n’y a pourtant aucun risque. Je continue donc mon chemin en jetant un œil sur les quais. Mon grand-père, entraîneur d’un jour, me suit d’un pas rapide, mais il se retrouve dans les 200 derniers mètres dans un cul de sac l’obligeant à faire un long détour.

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A mon arrivée, je suis pris en charge par un organisateur. Il me donne un yaourt et me tape sur les cuisses. Mais que fait-il ? Je viens de nager 1800 mètres et voilà qu’un inconnu me flanque des fessés non méritées ! J’apprends qu’il cherche tout simplement à me réchauffer. Autour de moi des nageurs sont frigorifiés et sont enroulés dans des couvertures. Pour ma part, je n’ai pas vraiment froid et cherche mon grand-père qui porte mes affaires de rechange. Je le vois arriver en courant pour me libérer enfin de ces claques non méritées.

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Je termine à la 36ème place. Nous avons ensuite rendez-vous dans un gymnase pour la remise des récompenses et le vin d’honneur. Nous restituons le précieux bonnet et grâce au laisser passer, nous nous installons sur des gradins. Sur une table, de nombreux lots sont en évidence pour récompenser les nageurs. Je cherche parmi cette caverne « d’Ali-baba », lequel je vais bien pouvoir recevoir. Nous assistons alors à une incroyable remise de récompenses. Le fameux chauvinisme Sétois illustré dans toute sa splendeur. Les récompenses débutent par le premier Sétois. Il reçoit un lot sorti de dessous la table, comme s’il avait été réservé spécialement pour lui. Puis ils enchaînent sur le premier départemental, le premier régional et la première équipe. Lorsqu’un Sétois ne gagne pas et se retrouve derrière des non régionaux, il repart avec un minimum de trois lots toujours sortis de dessous la table. Lorsque l’on arrive enfin au grand vainqueur de la traversée, celui-ci a le choix parmi les lots exposés sur la table…et il repart avec un lot de moindre valeur, jaloux des récompenses du sétois arrivé loin derrière lui. Je vous rassure, après avoir souvent été sifflées, les remises de récompenses à Sète ont bien changées les années qui suivirent.

Je ne me rappelle plus du lot que j’ai pu avoir, mais une chose est sûre aujourd’hui, c’est que mon grand-père n’a pas arrêté de parler du déroulement de cette traversée tout le restant de sa vie. 

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Au cours de cette traversée j’ai pu constater qu’en eau libre il y a des courants et qu’il faut en tirer profit au maximum. Parfois le courant n’est pas homogène, il varie en fonction du relief, de la profondeur, des obstacles et des virages. A l’intérieur des virages serrés et derrière des obstacles se crée parfois un phénomène de contre courant. En règle générale, le courant est plus fort au milieu du chenal et moins fort sur les cotés. Dans le sens du courant, il est conseillé de nager au milieu pour profiter au mieux de sa puissance. A contre courant, il est recommandé de nager le plus près du bord, là où le courant est moins fort. Cette expérience, j’aurai l’occasion de la mettre en pratique, justement à Sète en 2000. 

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Alors qu’avec les 150 participants nous nous dirigeons vers le départ, juste avant le signal du starter, le courant favorable se met à tourner et devient contraire. Arrivés dans le canal, tous les nageurs qui sont devant moi sont stoppés net. La compétition se joue alors à contre courant. Mon expérience va m’être utile à cet instant. Je prends l’ascendant sur tous les autres nageurs comme le souligne la presse locale : « Slalomant entre les bateaux et les bouées, longeant les quais pour nager dans des eaux plus clémentes, le vétéran du MUC offre une prestation spectaculaire… et très efficace, puisqu’il atteint la mi-course avec 60 mètres d’avance ».  Mais cette avance n’est pas suffisante, une fois arrivés dans des eaux plus clémentes, mes deux successeurs plus frais et beaucoup plus jeunes me doublent sur la fin. Le vainqueur, le champion de France sélectionné pour les championnats du monde déclarera à l’arrivée : « La course s’est vraiment jouée sur la fin ; Jacques a failli nous piéger sur la trajectoire. Heureusement je terminai plus frais que lui et je le passe sur les derniers mètres ». Dommage, j’aurais du m’entraîner un peu plus cet été là, mais cela m’a fait très plaisir que « Stéf » me rende ainsi hommage.

Le site de la traversée : http://www.dauphinsdesete.org/dauphins/Eau_Libre.html

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