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20/07/2002

Ma traversée de la Manche 2002 (33km)

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C’est le grand jour. Je n’ai pas beaucoup dormi. Le réveil n’a pas encore sonné que je suis déjà debout à vérifier tout mon matériel. Je prends mon petit déjeuner en compagnie de mes accompagnateurs. Le fait d’être accompagné par des amis de confiance et habitués à ce genre d’épreuve est très rassurant. « Ne te fais pas de souci, tout va bien se passer » me lancent comme à chaque fois très positives Alexandra et Cathy. Moi, c’est plutôt l’inverse. Une fois tous préparés, nous partons en voiture, direction le port de Folkestone.

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Le jour se lève et il ne fait pas très chaud. A 6 heures, une petite embarcation nous conduit jusqu’au bateau qui va m’accompagner : le « Viking Princess ». Nous retrouvons à bord, le pilote Reg Brickell, son assistant et l’observateur officiel du CSA K Peters. Pour m’accompagner, il y a sur le bateau, Cyril et Christophe comme entraîneurs, Alexandra et Cathy pour m’encourager et Alexandre pour les photos.

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Pendant le trajet qui nous amène au lieu de départ, je me prépare. Cyril et Christophe m’enduisent avec la graisse de couleur blanchâtre savamment préparée par François resté à quai car il n’y a plus de place sur le bateau. Tout mon corps en est recouvert à l’exception, bien sûr, des épaules et des bras. Je ne vais pas commettre aujourd’hui la même erreur que lors de mon premier marathon dans le lac Léman ! Il est 7 heures passé lorsque je me mets à l’eau pour rejoindre la petite plage de Shakespeare Beach située entre Folkestone et Douvres. Le départ ne peut se faire que de la terre ferme.

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Mon départ effectif a lieu à 7h15 (heure locale). La mer est relativement calme et la température de l’eau est de 15°C. D’après mes calculs, si je nage à environ 4 km/h de moyenne, je dois arriver sur le sol français en moins de 10 heures. Soit vers 17h, heure anglaise, juste pour le « cup of tea ». Après une heure de nage, Cyril me montre une ardoise avec inscrit 3,8 kilomètres de parcouru. Oups ! Je suis bien en dessous de ma vitesse habituelle. Je vois sur leurs visages qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Effectivement ! Et je ne l’apprendrai qu’à l’arrivée. Le fait d’être parti plus tôt que l’heure prévue a fait que je me suis retrouvé avec un courant défavorable. Au bout d’une heure j’ai en réalité fait à peine 3 kilomètres. Sur le bateau, ils savent déjà que cela va durer plus longtemps que prévu. Mais comme ils sont d’excellents accompagnateurs, ils vont tout faire pour que je reste motivé : « Allez Jacques, c’est royal, change rien !» lance Cyril et Alexandra de rajouter : « Allez t’es bien là, continue ! ». Le rôle de l’accompagnateur est de toujours positiver la situation. C’est en ça que mes amis sont un point essentiel.

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Après 2h30 de course tout va bien, pas de méduses en vue. Le soleil a du mal à se montrer mais je n'ai pas froid. La mer est relativement calme malgré des petites vagues qui se sont levées depuis une demi-heure. Ma nage est régulière et j’effectue mes ravitaillements sans problème. Au dire de mes accompagnateurs « c’est parfait, tout est nickel ! ». Mais cela ne va pas durer longtemps. Après 5 heures de nage je suis enfin arrivé à mi-course. Des ferries qui font la navette Calais – Douvres provoquent de grosses vagues. J’ai un peu mal aux épaules mais le moral et la motivation sont toujours là. Quand soudain, je crois entendre de la part de Cyril et Alexandra : « Je vois une méduse ! ». Au même moment, je reçois comme une décharge électrique à l'épaule. Elle ne m’a pas raté et cela me brûle. Je me mets à nager très en hauteur tout en regardant au loin, comme si je voulais être sur l’eau et éviter de rentrer en contact avec elles. Cette façon de nager me fait dépenser de l’énergie, m’épuise et cela n’empêche pas de me refaire piquer. Il faut tenir, cela ne dure qu’un temps. Ensuite la douleur s’atténuera. Une fois le banc passé, mes accompagnateurs s’empressent de me le signaler à l’aide du tableau blanc qui nous sert à communiquer. Parler ou crier ne sert à rien lorsque l’on nage car il est difficile d’entendre dans l’eau. Cela obligerait à m’arrêter et à demander ce qu’ils ont dit.

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Cette information me soulage, mais j’accuse le contrecoup de ces piqûres. Je souffre de nausées et du froid, je suis en plus en phase de digestion des premiers ravitaillements. Je suis obligé d’en sauter quelques uns pour éviter de charger mon ventre. Je me rappelle que Cathy est passée par ces mêmes étapes et cela doit s’estomper avec le temps. Psychologiquement cela me rassure. Mais je n’ai pas encore tout vu. Au même moment, un contre-courant m'oblige à faire du sur place pendant 2 heures. Après 7 heures de nage, je vois toujours les ferries qui croisent près de moi et du mauvais côté par rapport à l’endroit où je dois me situer à cet instant de la traversée. Je ne distingue toujours pas les côtes françaises. Mes accompagnateurs m’encouragent, c’est maintenant qu’il ne faut pas craquer. Mentalement, je sais que je ne nagerai jamais en moins de 10 heures. A partir de maintenant, mon objectif est de tourner les bras jusqu’à la terre ferme. Tant pis pour le chrono. Mais la Manche décide de m’offrir tout ce qu’elle a de terrible. Le temps se gâte, un vent latéral se lève et il pleut.

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 Des creux de 2 mètres me ralentissent et me font lutter. Mon bateau escorteur est lui aussi malmené, mes accompagnateurs sont de l’autre côté et ravitaillent les poissons : « Mais qu’est ce qu’on fout là ?» se disent-ils, pourtant ils ne laissent rien paraître. Il est même question de me faire arrêter pour des raisons de sécurité. L’observateur du CSA consulte Cyril et Christophe pour savoir ce qu’il est décidé : « Tant qu’il nage, on continue ». Après 10 heures de nage, j’entend un grand coup de « corne » : un voilier passe à moins de 50 mètres de moi et Reg lui signale ma présence. Dans l’eau, je distingue à peine les côtes françaises. Le cap Gris Nez est sur ma droite et je lutte contre les courants de la marée montante. Je ne comprends pas bien la trajectoire sur laquelle le bateau me dirige, elle ne correspond en rien à celle de mes prédécesseurs. Au lieu de faire un S, je suis en train de réaliser un V à l’envers. Je ne connais pas les horaires de marée mais si tout va bien, dès qu’elle s'inverse, je dois toucher rapidement le territoire français. Comme si je n’en avais pas eu assez, voilà encore des méduses qui viennent me tenir compagnie, mais heureusement pour moi, celles là sont justes un peu urticants. Au bout de 11 heures, l’état de la mer s’améliore, je distingue au loin la petite ville de Wissant (plage française). Mes accompagnateurs m’encouragent et Cyril commence à se mettre en maillot pour m’accompagner sur la fin. Le bateau n’est pas autorisé à pénétrer dans la zone des 300 mètres. Ça fait un peu plus de 11h30 que je nage, quand Cyril plonge. Il vient auprès de moi et cela me rassure, je ne dois pas être très loin. Mais la plage où je dois arriver est toujours aussi loin. Christophe sur le bateau est inquiet et dit à Cathy : « Il y a du courant, c’est pour ça que l’on rallonge. On n’arrive pas à nager en ligne droite, on est décalé en plein vent, on reste à la même distance de la plage, c’est terrible !!! »

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Au ravitaillement les encouragements redoublent. Il ne faut pas craquer. Christophe me tend la perche avec une gourde remplie de Cola mélangé avec de l’aspirine : « Jacques, bois, bois, bois ! Prend un petit coup de fouet, allez bois, bois ! » De toute façon dans ma tête, je ne pense plus au chrono, mon objectif est de finir, même si je dois y passer encore quelques heures. La délivrance est là quand je passe à côté des bouées des 300 mètres délimitant la zone de baignade de la plage de Wissant. J’en ai presque fini, il faut nager encore quelques mètres dans cette mer « agitée à peu agitée » comme ils disent à la météo. Cyril nage auprès de moi tout en m’encourageant, il est encore plus excité que moi qui n’en peux plus.

La Manche a mis sur mon chemin tout ce qu’elle pouvait m’offrir lors de ces 33 kms, et après 12h40 de lutte contre les vagues, le vent, les marées, les méduses, les ferries, le mazout et le froid, je touche enfin le sol français. Il est presque 21 heures (heure locale), Cyril me prend dans ses bras et me félicite. Des passants intrigués me prennent en photo. Je suis autant fatigué que content d'avoir enfin réalisé mon rêve : TRAVERSER LA MANCHE A LA NAGE.

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L’objectif de battre le record français que je m’étais fixé avant le départ n'est pas atteint mais vu les conditions météorologiques que j’ai dû affronter en ce samedi 20 juillet, c'était de toute manière irréalisable. Tout ceux qui sont partis le même jour que moi ont abandonné. Cela me vaudra par la suite d’être récompensé comme le meilleur nageur ayant terminé dans les plus mauvaises conditions cette année là (Trophée Van Vooren). Pour réussir un tel défi, il faut compter 75% de mental et 25% de physique.

Le retour vers Folkestone s’effectue dans la calle du « Viking Princess ». Le trajet dure trois heures et nous allons être bien secoués par les mauvaises conditions météorologiques. Mes amis accompagnateurs me réconfortent et me félicitent tout en me racontant ce qu’ils ont vécu de leur côté. Ils ont été géniaux et je les remercie de m’avoir soutenu tout au long de la traversée. Ils ont été de vrais pros : Cathy Marco, Alexandra Guigonis, Cyril Chauvel, Christophe Coutanceau, Alexandre Marco. Mais également le pilote de bateau Reg et son assistant.

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J’ai dormi deux heures cette nuit là car le dimanche matin nous avons tous pris le ferry qui va à Calais. La semaine qui suit, je vais me reposer et faire des nuits de 14 heures !

Un mois plus tard, un autre grand bonheur arriva, notre fils William était né.

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Commentaires

J'ai lu ces lignes avec grand bonheur. Un grand bravo à toi pour cette incroyable performance. Lors de ma première traversée du léman que j'ai fait il y a quelque jour j'ai déjà ressenti une certaine émotion d'arriver au bout dans des conditions très bonnes. J'imagine facilement la satisfaction que tu as du ressentir pour un tel exploit. Bravo encore!

Écrit par : Fred | 28/08/2012

Bonjour!
merci pour ce récit et toutes ces informations extrêmement intéressantes! C'est une source de motivation énorme, car la traversée de la Manche me tente vraiment beaucoup. J'ai une plein plein de questions justement à ce propos, sur la course, la préparation et tout l'aspect logistique autour... Ça ne vous dérangerait pas trop que je vous les poses via mail?
Merci beaucoup et bonne continuation!!!
Mitchouille alias Michèle

Écrit par : Mitchouille | 23/03/2013

Mon email est en haut à gauche du blog ....

Écrit par : waterplouf | 23/03/2013

email envoyé, merci!

Écrit par : Mitchouille | 23/03/2013

Les commentaires sont fermés.