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14/11/2010

1875 : Le Capitaine Matthew Webb traverse la Manche

Matthew Webb est né le 19 janvier 1848 à Dawley, dans le Shropshire, près de Birmingham en Angleterre. Il fait parti d’une famille de douze enfants de Matthew Webb (père), médecin à Coalbrookdale et de Sarah Cartwright. Dès son plus jeune âge, il apprend à nager seul dans les courants forts de la rivière Severn à Ironbridge. Il sauve la vie d’un de ses jeunes frères qui essaie de nager pour la première fois dans la rivière. Matthew Webb acquiert rapidement une réputation de nageur téméraire et de bon niveau.

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A l’age de 12 ans, après avoir arrêté ses études, il s’engage dans la marine marchande anglaise. Pour commencer, il effectue ses années de formation dans l’école d’entraînement de la marine de « Conway » puis effectue trois années d’apprentissage au sein de la compagnie maritime « Rathbone Brothers » implantée à Liverpool. Après ses 18 ans, il travaille pour différentes compagnies maritimes et navigue principalement en Océanie.

En avril 1873, alors qu’il fait route de New York à Liverpool en tant que second sur le bateau à vapeur « Russia » de la « Cunard Line », un marin tombe à l’eau en plein milieu de l’océan Atlantique. Matthew Webb saute par-dessus le navire dans une mer démontée et tente de le sauver. L’homme ne sera jamais retrouvé. Pour cette action et son audace, on lui remet, la médaille d’argent de la « Liverpool and Royal  Humane Society » ainsi que 100£. Quelque temps plus tard, en 1874, le Duc d’Edimbourg, Président du 100ème dîner annuel de la « Royal Humane Society », lui attribue aussi la médaille d’or « Stanhope » pour la même action. Cette récompense fait de Matthew Webb un héros dans la presse britannique.

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Vers la fin de l’année 1874, il abandonne pourtant sa carrière pour devenir un nageur professionnel. Après avoir lu, lors de ses voyages, le récit de la tentative avortée de J. B. Johnson, l’idée de traverser la Manche lui vient à l’esprit. Le succès par la suite de Paul Boyton le confortera dans son idée, et l’exploit impensable de traverser la Manche sans aide artificielle lui paraît la meilleure façon de se faire une réputation. Pour pouvoir y arriver, Matthew Webb prend contact avec le principal homme d’affaire du milieu de la natation, Robert Watson. Ce dernier décide de le prendre au « Lambeth Baths » de Londres pour rencontrer le professeur Frédérick Beckwith, un ancien champion de natation anglais, et être entraîné par un homme d’expérience, le célèbre Arthur Gay Payne.

Afin de réaliser cet exploit, Matthew Webb qui n’a alors que 27 ans, va s’assurer un maximum de publicité. Il peut être considéré comme étant le premier grand nageur professionnel.

Franck Buckland, directeur d’un hebdomadaire anglais consacré à l’histoire naturelle et au sport au nom prédestiné de « Land and Water », voit en l’exploit de Webb un intérêt pour son journal. Buckland va immédiatement le patronner et grâce à des souscriptions diverses, financer sa préparation. Le 3 juillet 1875, Webb fait le pari de nager 18 miles (29km) dans la Tamise de Blackwall, près de Greenwich, jusqu’à la sortie de Londres, à Gravesend. Dans une eau à 15°C, il gagne son pari en moins de 5 heures et cette performance est considérée comme exceptionnelle par la presse. Matthew Webb continue de se préparer soigneusement, en accomplissant de longs parcours d’entraînement tout en se faisant de la publicité. C’est ainsi que, quelques jours plus tard, le 20 juillet 1875, il nage plus de 17 miles (28km) le long de la côte du Comté de Kent, de Douvres à Ramsgate. L’objectif de cette préparation est de faire connaître au public le pari final.

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Dans l’attente de conditions météorologiques clémentes, il s’installe avec son entraîneur à Douvres. En fonction de la marée et des courants le départ est prévu pour la deuxième semaine d’août. Buckland a assigné un journaliste spécialement pour couvrir la tentative de Webb. Dans l’édition publiée une semaine avant la tentative, un article parle des préparatifs et de son ravitaillement pour la traversée à base de Cognac, bouillon de viande, potage, café chaud, viande …

Le 12 août 1875 à 5 heures de l’après midi, Matthew Webb se met à l’eau du quai de « l’Amirauté » à Douvres. Il sera accompagné d’un bateau avec à son bord son entraîneur Payne et des journalistes. Mais après avoir nagé un peu moins de 7 heures, il décide d’abandonner. Il était trop déporté vers l’est et n’avait plus aucune chance de succès. Dans l’édition suivante de l’hebdomadaire « Land and Water », un grand reportage est consacré à la tentative et il est mentionné que Webb a arrêté « à mi-chemin à travers la Manche après six heures et quarante neuf minutes ». Ce qui est faux par rapport à la réalité, car déporté par les courants, Webb n’était qu’à 5 miles (8km) des côtes Anglaises.

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Cet échec va servir d’expérience. Il constate qu’il lui faut partir de Douvres un peu avant l’heure de la haute mer et s’il veut profiter au mieux des courants, il doit également modifier sa direction. Mais, cet échec terni sa popularité et met en doute la faisabilité de l’exploit. Lors de sa deuxième tentative, c’est un public moins nombreux que la première fois qui assiste à son départ.

Le mardi 24 août 1875, enduit d’une couche d’huile de marsouins, Webb plonge dans l’eau du quai de « l’Amirauté » à Douvres escorté par un lougre et par deux petits bateaux. Des journalistes ont pris place dans ces embarcations afin de contrôler la régularité de son parcours. Parmi eux, Mr Vavington Jones, éditeur du journal « Dover Express », va rédiger le Journal de la première Traversée officielle de la Manche. Il consigne heure par heure, minute par minute tout ce qui s’est passé ces 24 et 25 août 1875 : la traversée de Matthew Web.doc

 

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C’est ainsi qu’après 21h45 d’effort et dans une brasse traditionnelle, Matthew Webb devient officiellement le premier homme à traverser la Manche. Lorsqu’il pose les pieds sur la plage de Calais, il est accueilli par les acclamations de la population attirée par l’annonce de son arrivée. Enveloppé dans une couverture, il est amené dans une luxueuse chambre de l’Hôtel de Paris à Calais où un docteur l’examine. Les pulsations de Webb sont de 72 battements par minutes et sa température corporelle est de 36,5°C. Il en profite pour se laver et dormir pendant trois heures. A son réveil, sa température est remontée à 38,5°C, Le docteur conclu à une excellente capacité de récupération de Matthew Webb. Il mange du poisson et retourne se coucher pendant six heures.

A son retour sur le sol Anglais, la foule l’attend sur la plage où il reçoit de nombreuses invitations des personnalités de la région. Il est fêté comme un héros national. Sa photo circule dans tout le pays, le succès de Webb est télégraphié partout dans le monde et la presse augmente ses tirages pour relater l’exploit. Des poèmes et des chansons lui sont dédiés. L’enthousiasme, en Angleterre est tel, qu’une souscription est organisée en son nom. Le fils aîné du Roi d’Angleterre, le Prince de Galles lui fait un don pour le récompenser de son exploit. Cela montre ainsi l’importance que la famille Royale accorde à l’exploit. Matthew Webb symbolise le courage et la force de tout un pays.

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Après sa traversée, il agit en grand professionnel, il écrit des ouvrages, dont le fameux « The Art of Swimming », il donne des conférences et multiplie les articles dans la presse. Les médecins s’interrogent sur ses capacités surhumaines et rédigent de nombreux articles scientifiques. Sa renommée lui rapporte suffisamment d’argent pour lui permettre pendant trois ans de s’éloigner des piscines.

C’est en 1878 que réapparaît le nom de Matthew Webb sur des épreuves de natation professionnelle. Les exhibitions qu’il effectue en Angleterre et aux Etats-Unis deviennent ses principales sources de revenus.

Il se marie aux Etats-Unis avec Madeleine Kate Chaddock et s’installe à Boston où son épouse lui donne deux enfants. Ayant besoin d’argent, à l’âge de 35 ans, il décide de traverser les chutes du Niagara à la nage. Beckwith et Watson qui l’ont accompagné lors de la traversée de la Manche lui déconseillent vivement. Mais rien n’y fait, et le 24 juillet 1883, il périt tragiquement en tentant de traverser les chutes du Niagara.

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